— Monsieur est étranger? Ah! ah! vraiment… Anglais, sans doute? J'ai vu beaucoup d'Anglais, dans ma vie. J'ai été à Boulogne, une fois, pendant un mois; il y a tant d'Anglais, à Boulogne!

— Je suis pas du tout un Anglais, dis-je, car je vois poindre un récit des nombreuses aventures du Monsieur jovial avec les fils de la perfide Albion; je n'aime pas les Anglais; je suis un Américain.

— Ah! diable! j'aurais dû m'en douter; vous avez tout à fait le type américain; je me rappelle avoir vu un portrait de Washington… Vous lui ressemblez étonnamment. La France aime beaucoup les États-Unis. Du reste, sans Lafayette… Et vous détestez les Anglais? Comme je vous comprends! Ah! si nous avions encore le Canada!

— Oui, dis-je, Canada… Québec, Toronto, Montréal…

— Parfaitement, approuve le Monsieur jovial qui voit qu'il n'y a décidément pas grand'chose à tirer de moi et prend le parti de m'abandonner à mon malheureux sort.

— Ne trouvez-vous pas, Monsieur, demande-t-il en se tournant vers le Monsieur triste, qu'il y a quelque chose de très flatteur pour nous dans cet empressement des étrangers à visiter la France?

— Si, certainement, répond le Monsieur triste d'une voix lugubre.

— C'est que, voyez-vous, notre pays est toujours à l'avant-garde du progrès; la France est la reine de la civilisation. On peut dire ce qu'on veut, mais c'est un fait; la civilisation a une reine, et cette reine, c'est la France. N'êtes-vous pas de mon avis?

— Si, certainement, répond le Monsieur triste d'une voix lugubre.

— Le monde, Monsieur, est émerveillé de la façon dont nous avons su nous relever de nos désastres de 1870. Quelle page dans nos annales, que l'histoire de la troisième République! Et qui sait ce que l'avenir nous réserve! Ah! M. Thiers avait bien raison de dire que la victoire serait au plus sage… Ne pensez-vous pas comme moi?