Je me dirige vers l'atelier dont a parlé le général; j'ouvre la porte; une petite odeur de poudre me monte à la gorge. Le général est étendu sur un sofa, un bras pendant dont la main a laissé échapper le revolver. Il y a un petit trou à la tempe droite, très noir et très profond, d'où coule un mince filet de sang. Je m'assure que le duc de Schaudegen est bien mort; puis, je contemple le cadavre quelques instants. Duc, général, riche, puissant... avoir vécu comme ça et mourir comme ça! Une farce qui se termine en tragédie! Et ne serait-ce pas, plutôt—tout considéré—une tragédie qui se termine en farce? Je n'en sais rien. C'est la France qui doit savoir ça...
Je quitte l'atelier et je reviens dans le petit salon. Un monceau de cendres dans l'âtre. L'obscurité commence à envahir la pièce; je n'ai guère le courage de brûler là les livres et les albums qui sont encore sur la table; je les détruirai aussi bien ailleurs. J'en fais un paquet que je place sous mon bras; je sors de la maison; je sors du jardin dont je ferme soigneusement la porte. Trois minutes après, je hèle un fiacre; et une demi-heure plus tard j'entre dans le cabinet de mon père, au ministère.
—Eh! bien, me demande-t-il, c'est fait?
—Oui.
—Ça s'est bien passé?
Je fais un geste vague. Mon père se lève.
—Je vais prévenir le ministre, et la veuve. A propos, qu'est-ce que tu as apporté là? Qu'est-ce que c'est que ce colis?
Je donne des explications.
—Comment! s'écrie mon père en coupant la ficelle qui lie le paquet et en ouvrant deux ou trois albums; comment! tu as brûlé des papiers pareils! Mais c'est de la folie!... Enfin, heureusement que tu as conservé ça. C'est d'un curieux!... Je vais en montrer quelques échantillons au ministre; ça l'amusera. Et puis, ça vaut un billet de mille comme un sou, rue Colbert.