Les toitures ordinaires sont en paille, elles penchent de travers, plus lentement inclinées du côté du soleil, plus brusques sous le vent du nord. Elles sont retenues par des ficelles et des pierres et forment des auvents sous lesquels le Coréen aime à prendre l’air. Les ambitieux rêvent à une toiture en faïence bleue, à la chinoise, mais c’est un luxe de grand seigneur et la plupart des Coréens se contentent du paillasson.
La maison n’a pas d’étage, elle n’a qu’une ou deux pièces qui sur la rue prennent jour par une lucarne, un treillis de bambou vitré de papier, mais sont largement éclairées par les cours intérieures. Une maison coréenne ne peut se passer de cour. La vie des femmes, gardiennes et souvent esclaves du foyer, serait trop triste si elles n’avaient ce petit carré d’air libre. Entourées de murs, fleuries d’un pied d’œillet, disposées pour recueillir toute la chaleur du ciel, ces courettes mettent entre les maisons un peu d’espace. L’idéal serait d’avoir un jardin, mais cela n’est permis qu’aux nobles et à l’empereur.
Donc Séoul donne l’impression d’une ville modeste et bâtie à peu de frais, mais nullement misérable. Chaque Coréen a son logis, son poêle, sa vie close. Les maisons de Séoul sont des paysannes cachées sous leurs cornettes de paille, pas bien riches, quand même heureuses.
Les Coréens n’ont pas la face grimaçante des Jaunes. Le sang des races du Nord s’est mélangé dans leurs veines au sang mongol et a produit ce beau type d’homme vigoureux, rudement charpenté, d’une taille imposante. Les yeux ne sont pas bridés ni perpétuellement enfiévrés ; le front saillant, poli et découvert ressemble au front de nos Bretons, il a les reflets joyeux d’un front celtique ; les visages sont très barbus comme ceux des Aïnos de l’île Sakhalin et ce seul trait suffirait à distinguer un Coréen de ses voisins. Il y a en eux un élément qui n’est ni japonais ni chinois ; ils sont cousins de ces vieilles races sibériennes qui sentent encore le primitif. Leur expression naturelle est placide, ils ont l’œil fin et rêveur, beaucoup de laisser-aller et de bonhomie dans les manières. Leur pauvreté persistante est encore un indice de cette simplicité d’esprit qui leur fait dédaigner la vie moderne : ils ne désirent que la tranquillité.
Leurs femmes sont grandes, élancées, la taille assez ferme pour porter sur la tête de lourds fardeaux, assez souple pour demeurer accroupies de longues heures au bord des fontaines. Leur visage, bien marqué, a souvent une expression de gravité touchante, une sérieuse douceur qui contraste avec l’insouciance des hommes : c’est que les fatigues de la vie sont pour elles. En vieillissant elles conservent l’éclat noir de leurs yeux et la majesté de la démarche. Il en est de fort belles. Elles ont alors une admirable ligne de front, l’arc des sourcils plein de hardiesse, une vivacité de regard, des narines moqueuses, la bouche petite, un pur ovale de menton, et leur beauté tout en finesse et en fragilité semble l’héritage d’une très vieille race, peut-être engourdie, mais qui n’a point déchu.
Le luxe de ces pauvres gens est dans leur chevelure. Elle est d’un noir d’ébène, lisse, abondante et souple et l’huile la fait briller : il faut qu’une Coréenne soit au dernier degré de la misère pour la vendre au poids à un perruquier chinois. Personne n’y met le ciseau : les hommes la portent en chignon et maintiennent l’extrémité du toupet par un bout de corail rouge, les adolescents en font une natte, les femmes du peuple un diadème qui leur sert de coussinet pour les fardeaux, les élégantes des bandeaux collés sur le haut du front et noués sous la nuque avec une épingle d’argent. Toutes les Coréennes savent qu’à leur visage délicat rien ne sied mieux que le bandeau des vierges.
Le blanc domine dans le costume coréen : c’est la couleur qui convient le mieux à ce peuple enfant. Vestes, pantalons, souliers, bonnets sont, dans la campagne, d’une blancheur éclatante, et les citadins portent tous le pardessus de toile flottant, blanchi, empesé, lustré par les soins des épouses. Les rues de Séoul ont tous les jours un air de fête grâce à ces vêtements clairs et les Coréens le savent bien : la moitié de leur gaieté serait détruite s’ils cessaient de s’habiller en blanc ; en vain les Japonais leur vantent le mac-farlane, ils restent fidèles à leurs habits neigeux et salissants, mais d’une beauté éblouissante dans cet air toujours sec.
Aussi loin qu’il s’expatrie, le Coréen garde son costume blanc. Au bord du fleuve Amour, quand on découvre un potager et un jardinier tout enfariné qui arrose ses choux, le planteur est sûrement un Coréen. A Vladivostok, au milieu des casaques ternes des Chinois et des pelisses russes, les habits blancs des Coréens détonnent joyeusement. « Se promener à l’étranger en veste de satin » c’est, dit le proverbe coréen, un acte parfaitement inutile. Pourtant ils s’y promènent, nul n’apprécie la richesse de leur accoutrement, mais ils croiraient trahir la vieille Corée en quittant sa livrée blanche.