Et il me parla de ses projets jusqu'à l'entrée de l'Impasse Maubert.

L'Impasse était remplie d'une obscurité sous-marine. Tout au fond, tremblait un quinquet; sur le verre dépoli on lisait le mot «hôtel».

Lhuilier s'arrêta. Il piétinait tout en parlant et j'entendais les semelles de ses souliers qui, alternativement, aspiraient et crachaient la boue.

--Dites, murmura-t-il soudain en me prenant la main, dites, vous reviendrez rue des Halles, vous reviendrez avec moi?

Et il ajouta d'une voix basse, gémissante, changée:

--Je m'ennuie tellement.

Je sentais, dans mes doigts, trembler sa main dont la paume était moite et le dos velu.

Je promis de revenir, je promis même de revenir dès le lendemain. Je regardai bien Lhuilier qu'un réverbère éclairait par saccades, et je m'en allai. Il me suivit de l'oeil jusqu'au moment où je tournai le coin de la rue.

Je montai sans me presser la rue de la montagne Sainte-Geneviève. La pente me courbait vers le sol. Je me sentais vieilli, diminué, déchu, taraudé d'une tristesse qui ressemblait à la peur. J'osais à peine rentrer chez moi: il me semblait que je devais porter dans mes vêtements, dans ma peau, dans mon âme, l'odeur de l'agence Barouin. Je remâchais des bribes de pensées absurdes: «Moi, moi, je ne suis pas fait pour être malheureux de cette façon-là.» Evidemment, j'ai ma façon d'être malheureux, une façon que j'ai choisie moi-même, à mon goût, bien sûr!

Il faut que je vous dise tout de suite que j'avais formé la résolution ferme, farouche, de mourir de faim plutôt que de retourner jamais chez Barouin.