Lanoue s'arrêta, frappé de stupeur. Je l'aurais presque bousculé pour gagner plus rapidement le dehors. Je descendis les dernières marches en bondissant. Je criais:
--Non, non, Octave, il ne faut pas m'aimer!
Comme je refermais la porte du vestibule, j'entendis derrière moi, dans l'escalier, des bruits de pas précipités. Lanoue appelait d'une voix altérée:
--Louis! Louis! Ecoute, Louis...
Dans la rue, je pris ma course, sans tourner la tête.
XXI
On ne devrait jamais avoir de joie; le départ de la joie est une souffrance trop cruelle.
Il était midi. Le Jardin des Plantes paraissait désert. Un sol durci, grinçant de froid. Des bancs couverts d'une couche de grésil. Je m'assis pourtant sur l'un d'eux. Il y avait, à ma droite, un arbre qui, de tous ses bras étendus, prêtait serment avec une gravité majestueuse.
Je regardais son tronc noueux, sa ramure innombrable, ses grosses racines qui, par places, émergeaient avant la plongée définitive, comme des échines de dauphins, et je pensais:
Lui, il sait choisir; il puise dans la terre où il y a tant de sucs, tant de substances, tant de nourritures et de poisons, tant de matériaux accumulés depuis les origines. Il puise et ne prend que le nécessaire. Il dédaigne le reste. Il se choisit dans le chaos.