— Une légère indisposition, un rien. Cela passera. Ne t'inquiète pas.
Souvent la pauvre femme allait et venait dans la maison comme une agitée, battant les portes, dérangeant les meubles à grand fracas, avec des envies de briser quelque chose, de crier son intolérable souffrance, mais si elle se croisait alors avec Kehlmark, celui-ci la matait, la domptait d'un regard.
Un jour que Landrillon l'avait particulièrement énervée, en la menaçant de ne plus épargner Kehlmark si elle ne se donnait à lui, elle se déroba encore à cette odieuse extrémité, et la tête un peu partie, fit une brusque intrusion dans l'atelier où le comte se trouvait avec son disciple. Ce fut plus fort qu'elle. Elle ne put s'empêcher de lancer au petit paysan un regard de réprobation. Les deux amis étaient en train de lire. Aucun des trois ne dit un mot. Mais jamais silence ne fut plus chargé de menace. Elle sortit aussitôt, alarmée des suites de cette incartade.
— Blandine, vous oubliez nos conventions! lui dit Kehlmark, la première fois qu'il se trouva seul avec elle.
— Pardonnez-moi, Henry, je n'en puis plus. J'ai trop présumé de mes forces. Vous n'aimez plus que lui. Le reste du monde a cessé d'exister pour vous. C'est à peine si vous m'accordez encore un regard ou une parole…
— Eh bien, oui, dit-il avec résolution, avec une certaine solennité, mais avec ce courage du stoïque qui exposait le poing aux flammes d'un brasier — oui, je l'aime par-dessus toute chose. En dehors de lui, je ne vois plus de salut pour moi…
— Aime une autre femme; oui, si tu es fatigué de moi, prends cette Claudie qui te convoite de toute l'effervescence de sa chair, mais…
— Quand je te jure que cet enfant me suffit…
— Oh, ce n'est pas possible!
— Je n'aime, je n'aimerai plus que lui!