Joignant le geste à la promesse, elle demanda à Kehlmark d'appeler Guidon, et quand le jeune homme se fut présenté, elle lui prit les mains, elle les mit elle-même dans celles du maître, puis elle déposa un baiser chaste, mais secourable comme la tombe, sur le front rougissant du disciple.
TROISIÈME PARTIE_ _LA KERMESSE DE LA SAINT-OLFGAR
I
À la suite de cette explication suprême, le Dykgrave, à qui Blandine avait révélé une partie des manoeuvres de Landrillon, celles dont elle n'avait pas été directement victime, mit le domestique à la porte. Le comte préférait affronter les pires conséquences de ce renvoi, plutôt que de continuer à respirer le même air que ce fourbe, et Blandine, entièrement acquise aux vues de son maître, ne redoutait plus le scandale dont le drôle l'avait toujours menacée.
Landrillon fut stupéfait de cette exécution inattendue.
Il croyait toucher au but, les tenir tous deux, Blandine et le comte, à sa merci? Comment osaient-ils bien le chasser?
Vrai, il n'en revenait pas.
Mais, quoique interloqué un moment, quand Kehlmark, l'ayant fait appeler, lui signifia ce congé à brûle-pourpoint, son effronterie reprit bientôt le dessus:
— Ouais, monsieur le comte, gouailla-t-il, vous croyez que nos relations vont en rester là! Que nenni! Vous n'aurez pas fini de sitôt avec moi. On sait beaucoup de choses, car on n'a pas eu les yeux et les oreilles en poche.
— Canaille! fit Kehlmark en faisant baisser les yeux par un regard intrépide et loyal au coquin qui se flattait de l'intimider. Sortez! Je me ris de vos complots! Toutefois, apprenez qu'à la moindre diffamation qui nous viserait, moi ou les êtres qui me sont chers, je vous en rendrais responsable et vous ferais traîner devant les tribunaux…