D'ailleurs, à l'époque déjà lointaine où Henry de Kehlmark se bourrelait la conscience à cause de son inversion, ayant appris par son aïeule à quel excès ses parents s'étaient adorés, il attribuait cette anomalie au regret impie que les siens durent éprouver lors de sa conception.
Sans doute s'en étaient-ils voulu d'avoir mis au monde un être qui s'introduirait en tiers dans leur tendresse. Le jeune comte s'imagina longtemps avoir été engendré sous l'empire de cette maternelle rancune. Ce sentiment d'aversion n'avait pas persisté chez cette femme aimante. Henry en avait eu la preuve. Néanmoins il demeura persuadé, jusqu'au jour de son complet affranchissement moral, que l'enfant procréé sous l'influence d'une antipathie devait fatalement être bouleversé aussi dans ses affinités et rendre à la femme en général la répugnance que lui avait un moment témoignée sa mère.
Telle était encore la conviction de Bomberg.
Mais à présent, Henry était revenu au sentiment de sa dignité, de son autonomie et de sa conscience.
Avec Guidon et Blandine, il se sentait de force à créer la religion de l'amour absolu, aussi bien homo qu'hétérogénique.
Il s'exaltait comme un confesseur à la veille d'un départ pour une mission impérieuse, fatale.
II
Dans quelques jours Kehlmark, Blandine et Guidon quitteraient l'Escal-Vigor sans esprit de retour.
Blandine, avertie par des pressentiments, avançait même les préparatifs du départ. Elle avait hâte de regagner la grande ville et la villa où s'était éteinte la douairière de Kehlmark.
Landrillon voyait sa proie lui échapper. Il se flattait d'obtenir Claudie, mais il tenait peut-être davantage à se venger des gens du château. Aussi résolut-il de brusquer les événements de part et d'autre.