Pas un qui n'eût donné de son pied dans les reins du coupable. Quelques-uns s'en tenaient les côtes. D'autres trouvaient qu'il n'en avait pas encore assez.
— Quand vous l'aurez achevé, disait Landrillon aux femelles, nous le jetterons à la mer.
— Oui, à la mer, l'infâme!
Et ils allaient le transporter vers la grève, à travers la foire, quand une diversion s'opéra.
V
Depuis le départ de son ami, le comte de Kehlmark n'avait plus eu de repos. Il ne tenait plus en place. Son agitation augmentait à mesure que la kermesse lointaine approchait de son plus haut période de frénésie. Il suffoquait comme dans l'attente d'un orage lent à éclater.
— Quelle tourmente de plaisir! disait-il à Blandine, qui s'efforçait, maternelle et balsamique, de le distraire de son accablement. Jamais ils n'ont mené pareil sabbat! À entendre ces clameurs, on dirait qu'ils s'amusent à s'entr'égorger!
Les autres années, la cacophonie, le hourvari forain, pétarades, sifflets, orgues et pistons, ne lui parvenaient point en rafales tellement significatives. Aujourd'hui aussi, cette atmosphère électrique se compliquait de bouffées de sueur, d'ivresse, de ripailles et de rut. Cette après-midi de saturnale abhorrée ne finirait donc jamais!
Ce fut bien pis quand se coucha le soleil et que l'hallali érotique des trompettes se fut répercuté d'un cap à l'autre de Smaragdis, ajoutant comme un brouillard cuivreux aux affres rouges du ciel agonisant. Et des voix humaines plus stridentes, plus paroxystes encore, reprirent le signal furieux des fanfares et l'aggravèrent au risque d'incendier les ténèbres…
Kehlmark n'y tint plus. Profitant d'un moment où Blandine vaquait aux préparatifs du souper, il se jeta dans le parc. Tout à coup une note aiguë et déchirante, un cri plus lancinant encore que les appels du bugle de Guidon, sous l'ormaie, le soir de leur première confrontation, domina le fracas métallique.