«Ils sont, dit-il, ordinairement pourvus de boissons fortes avec lesquelles ils enivrent les marins dans le but d'obtenir la préférence pour le logement, la vente, etc., etc. Le cas se présente souvent que tout l'équipage est ivre à bord dans le moment difficile où le capitaine a besoin de ses hommes pour manoeuvrer, pour accoster le quai ou pour entrer au bassin, ou pour mouiller en rade.»
D. — Le capitaine n'est-il pas suffisamment maître à son bord pour empêcher les abus qui se produisent?
R. — Quand un navire est assailli par les «runners», il est fort difficile, sinon impossible au capitaine de conserver assez d'autorité pour interdire l'accès du bord; les «runners» sont toujours en nombre, ils s'accrochent avec leurs canots aux flancs du navire, et assurés qu'ils sont de l'impunité, ne reculent ni devant les injonctions, ni devant les menaces.
Il ne resterait au capitaine que d'avoir recours aux armes à feu pour faire respecter son autorité, moyen extrême — on le comprendra — qu'il hésite à employer. D'ailleurs les matelots, qui n'ignorent pas que ces gens viennent leur apporter des liqueurs fortes et leur offrir leurs services, n'exécutent que mollement les ordres, de sorte que le capitaine est impuissant.
Un fait survenu en 1868 montrera à quel point un capitaine est peu maître à bord de son navire, dès que celui-ci est envahi par les «runners». À cette époque, le navire Arcilla fit son entrée dans les bassins d'Anvers. À peine s'y trouvait-il, qu'il fut assailli, et cela en pleine ville, par quantité de «runners». Le capitaine voulut les obliger à déguerpir, ils s'y refusèrent et l'un d'eux frappa même cet officier. Exaspéré, celui-ci prit son revolver et fit feu sur la foule; un cordonnier fut blessé.
[1] Empoisonnements. Un vénéfice était un empoisonnement par sorcellerie, historiquement. [2] Travail qu'un capitaine ou un armateur peut exiger des matelots d'un autre navire quand ils sont inoccupés, à titre de corvée et sans rétribution, pour charger ou décharger des marchandises. [3] Tablier d'enfant, d'écolier, à manches longues et boutonné par derrière. Orthographe commune : sarrau. [4] Apathique, fainéant. [5] Voir l'Autre Vue [6] Il convient de faire remarquer ici que ce livre fut écrit avant l'introduction en Belgique du service militaire obligatoire et personnel. La même observation s'applique à d'importants passages de la troisième partie de cet ouvrage, notamment au chapitre intitulé Contumance. G.E. [7] La Bourse d'Anvers brûla dans la nuit du 2 août 1858. [8] Voir les Nouvelles Kermesses : la fête des saints Pierre et Paul. [9] Voir, dans Kees Doorik, la troisième partie. [10] Voir les Fusillés de Malines. [11] Vennes, meers, étangs et mares de la Campine ; scaddes, feux de bruyère et de branches de sapins. [12] Voir la Faneuse d'Amour. [13] Voir la Faneuse d'Amour. [14] Voir « le Tribunal au Chauffoir » dans le Cycle Patibulaire. [15] Voir dans les Nouvelles Kermesses « Chez les Las d'Aller ». [16] Voir l'Autre Vue. [17] Voir dans les Nouvelles Kermesses « Chez les Las d'Aller ». [18] Le Kattendijk-Dok mesurait neuf hectares, le grand vieux Bassin sept, représentant ensemble une superficie d'eau de cent soixante mille mètres. Inaugurés en 1869, deux ans après, ces bassins étaient insuffisants, car pendant les mois de février et de mars 1871, près de trois cent cinquante navires furent forcés de rester échelonnées sur une ligne immense dans la rivière. [19] Voir dans les Nouvelles Kermesses « Bon pour le service » [20] Voir la Faneuse d'amour. [21] Voir dans le Cycle patibulaire « le Quadrille du Lancier » [22] Voir dans les Nouvelles Kermesses « Dimanches mauvais »