D. — Les plaintes dont parle l'Exposé des motifs n'ont-elles pas donné lieu à une enquête?

Si oui, le Gouvernement ne pourrait-il communiquer à la section centrale le dossier de cette enquête?

R. — Les plaintes qu'ont provoquées les «runners» n'ont pas donné lieu à une enquête proprement dite.

Mais l'administration a tenu à s'assurer, à différentes reprises, de leur bien-fondé et elle a chargé le commissaire maritime du port et l'inspecteur du pilotage d'examiner la situation.

En 1880, le commissaire maritime s'exprimait en ces termes:

«Chaque fois qu'un navire arrive à Anvers d'un voyage au long cours, une quantité considérable de personnes se rendent à bord, telles que logeurs, tailleurs, enrôleurs, commis de courtiers, etc., etc., chacun pour recommander son article.

Il arrive souvent qu'une catégorie de ces personnes, telles que les logeurs, se munissent de liqueurs alcooliques pour régaler l'équipage et débaucher les matelots et mettent ainsi le capitaine et le pilote dans l'impossibilité de faire exécuter les manoeuvres nécessaires. Bien des fois mon concours a été réclamé par les capitaines à leur arrivée pour faire débarquer cette nuée d'oiseaux de proie, qui empêchent même la circulation sur le pont, tellement ils sont nombreux. Le fait s'est présenté ici en rade qu'un capitaine a dû faire feu pour éloigner de son bord ces importuns visiteurs.»

En 1886, l'inspecteur du pilotage formulait un rapport dans lequel on lit ce qui suit:

«L'acharnement que mettent les «runners» de toutes catégories à se faire la concurrence ne connaît plus de bornes et les pousse à commettre des abus, parmi lesquels celui qui consiste à enivrer les équipages est certes un des plus graves. En effet, il a pour conséquence d'amener les hommes du bord à l'inexécution des ordres donnés par les pilotes, ce qui peut être une première cause de collisions ou d'échouements.»

Enfin, dans une lettre récente, le commissaire maritime d'Anvers expose de nouveau les pratiques auxquelles ont recours les «runners».