La police achevait de disperser les derniers rassemblements et, en nombre à présent, opérait des arrestations, pinçait les meneurs.
Pourchassés de ce côté, les plus acharnés se résignaient à aller manifester ailleurs.
En tournant le coin d'une rue, Laurent se trouva nez à nez avec Régina. La nouvelle des émeutes venait de surprendre les Béjard à table, et tandis que le mari se rendait à l'Hôtel de ville pour se concerter avec ses amis, Gina, malgré les efforts pour la retenir, était sortie seule, curieuse de constater l'impopularité de l'élu.
Laurent la prit par le bras: — Venez, Régina… Vous ne pouvez rentrer chez vous; votre hôtel est une ruine, la rue même est mauvaise pour vous… Retournez plutôt chez votre père…
Elle vit qu'il portait à la casquette les couleurs des partisans de Bergmans:
— Vous faites cause commune avec eux; vous étiez de la petite expédition chez moi… Vrai, Laurent, il ne vous manquait plus que cela… C'est du propre!
— Ce n'est pas le moment de récriminer et de me dire des choses désagréables! fit Paridael avec un aplomb qu'il n'avait jamais eu de la vie en lui parlant. Venez-vous?
Frappée par son air de résolution, matée, elle se laissa entraîner et prit même son bras… Il la fit monter dans la première voiture qu'ils rencontrèrent, jeta au cocher l'adresse de M. Dobouziez et s'assit en face d'elle, sans qu'elle eût risqué une observation.
— Excusez-moi, dit-il. Je ne vous quitterai que lorsque je vous saurai en lieu sûr.
Elle ne répondit pas. Ils ne desserrèrent plus les dents.