Le pauvre Cierge de Neuvaine demeure camus, bouche bée, comme s'il venait d'attraper un coup de soleil. La vieille mère de Gentillie fait sauter dans le feu la pleine marmitée de pommes de terre qu'elle n'entendait que secouer.

—Qu'a-t-elle dit, notre fille! Elle veut rire, Sander, pour sûr? clame la vieille.

—Je pense ce que je dis! confirme Gentillie. Croyez-moi, tout est fini entre Sander et moi.

Suffoqué, l'amoureux ne trouve pas un mot à articuler, et après quelques gloussements qui ne sortent pas, et de grands gestes dans le vide, il se retire, les jambes se dérobant sous lui, ployant pour la première fois sous le faix, lui, le droit Cierge de Neuvaine!

La veuve court pour le rappeler, mais Gentillie arrête sa mère par le bras.

—Inutile, ma mère! J'en tiens pour Pintloon et ne veut d'autre homme que celui-là!

—Ah! vocifère la vieille paysanne, qui voit s'écrouler son rêve de fortune. Ah! gémit la commère en sautillant de la chambre à la cour et de la grange à l'étable, tant ses bras et ses jambes lui démangent. Ah! c'est ce que nous verrons, ma fille!

Et lorsqu'elle rentre dans la chambre, trouvant Gentillie toujours aussi sotte, aussi extravagante, voilà qu'elle ne parvient plus à se contenir et qu'elle se met à la battre à la trépigner, à la traîner par terre, sans que la grande bestiasse se défende et se révolte, si bien qu'elle-même doit s'arrêter, exténuée, plus démolie encore que l'impassible rébelle. Alors, la vieille se met à geindre, à se tâter, comme si c'était sa fille qui l'avait battue.

Le lendemain, elle essaie de gagner la têtue par la douceur:

—Dis, mon enfant, dis-moi, il est venu ici ce réprouvé, il t'a jeté un sort, raconte-moi tout, veux-tu?