Seul Sander Bischbosch ne jubilait plus.
Revenu de sa stupeur à la vue de sa misérable amante faite comme une brûleuse de moissons, le bon Sander, incapable de rancune, avait voulu ramener Gentillie à la veuve Verjans, mais les gendarmes s'étaient interposés en exhibant un mandat d'arrestation lancé aussi contre elle; complice de son détestable amant.
—Oh! folle, folle Gentillie, comment en était-elle arrivée là? Instrument d'un homicide et d'un voleur, elle, la promise du riche Sander Bischbosch qui se réjouissait de la doter de plus de bijoux et d'atours que n'en possèdent les madones les mieux achalandées de la côte des Flandres.
Gentillie, les mains attachées sur le dos, marchait derrière la charrette, entre les gendarmes. Elle se renfermait dans un mutisme d'idiote, et, habituée aux coups, elle ne sentait même pas la crosse du soldat qui lui labourait de temps en temps les épaules. Elle ne tressaillait qu'en entendant le patient se plaindre et demander «à boire!»
Quand la sinistre cavalcade traversa Lampernisse, Sander Bischbosch alla se réfugier chez la vieille mère de Gentillie et ne se montra pas, comme si c'était à lui de rougir et d'avoir honte.
Et les honnêtes gens blâmèrent le pauvre garçon de s'être rendu en un tel moment chez la mère d'une voleuse.
V
Ce Sandor fut encore plus déraisonnable en avançant à la veuve Verjans, complètement ruinée à présent, un peu du bel argent destiné à Gentillie, pour payer l'avocat de cette indigne espèce. Le défenseur plaida l'inconscience de sa cliente et réussit à la faire acquitter après trois mois de détention préventive.
Un matin, les gens de Lampernisse la virent rentrer au village, jaune, maigre, les yeux cernés et creux. Et, à l'inexprimable scandale de toute la paroisse, elle portait sur les bras un petit diablotin crépu, noir comme un pruneau, aussi remuant qu'elle semblait énervée. La digne progéniture de Pintloon, rien que ça! Absorbée dans la contemplation de son petit, elle ne parut même pas remarquer le hourvari que causait ce retour.
Elle ne témoigna aucune joie de son élargissement, mais accompagna machinalement sa mère. Peut-être eût-elle préféré partager le sort de son homme, condamné aux travaux forcés pour le meurtre du lignard?