Au jardin du cabaret sur la grand'route de Hollande, mes souvenirs butinent comme des abeilles; mais le miel qu'ils en rapportent tourne à l'amertume.

C'est une assiettée de soupe au lard que tu mis un soir d'hiver devant ton lendore de frère et que tu plantes à présent devant ton baes fessu, aux cheveux filasses, aux yeux d'enfant, aux bras terribles. Et le chemin bordé de saules, qui me conduisait à ta porte; l'accotement étroit et poudreux, longeant le fossé stagnant, et, par delà les blés, l'éclair d'une faux qui fait lever les sauterelles. Et le soir qui tombe, et la cloche du village qui te fait dire: «Déjà neuf heures!» et la nuit fermée sans un réverbère, sans une lanterne, quand je sors du cabaret. Et nos mains et nos lèvres qui se concertent une dernière fois dans l'ombre, après que tu as poussé les volets....

Et les longs silences, quand tu te penchais sur ta couture avec, pour les scander, cet éternel: «Oui, Monsieur Jules, ainsi vont les choses de ce monde!»

O chère bête qui me manque!...

Dire que je sais même à présent, à quel moment tu soupirais! Dire que tout cela est passé, bien passé; que tu ne me seras jamais plus ce que tu m'as été, que je vieillirai, que je vieillis....

—Allons, Monsieur Jules, un petit tour de jardin!...

Ah oui! le Jardin!


[PARTIALITÉ]

Au dieu de l'Esprit et de la Discipline
s'oppose le Dieu de la Nature
et de l'Ivresse, à la force purifiante,
la force ogiastique, au grand éducateur
de l'homme, la grand trouble
des âmes, l'ardent imitateur des êtres.