ÉPITRE FALOTE ET TESTAMENTAIRE
POUR RÉGLER L’ORDRE ET LA MARCHE DE MES FUNÉRAILLES

Allons donner notre ordre à des Pompes funèbres
A l’égal de son nom, illustres et célèbres.

P. Corneille (Sertorius, acte V, scène VIII).

Il ne me convient point, barons de Catalogne,
lorsque je porterai mon âme à Lucifer,
qu’on traite ma dépouille ainsi que la charogne
d’un employé de banque ou de chemin de fer.

Que mon enterrement soit superbe et farouche,
que les bourgeois glaireux bâillent d’étonnement
et que Sadi Carnot, ouvrant sa large bouche,
se dise: «Nom de Dieu! le bel enterrement!»

I

Le linceul sera simple et cossu: dans la bile
d’un pédéraste occis par Capeluche vers
l’an treize cent soixante, un ouvrier habile
a tanné douze peaux de caprimulges verts:

pour ôter au cadavre un aspect trop morose
premier que me vêtir du suaire, teignez
mes sourcils en bleu ciel et mes cheveux en rose
de flammant et dorez mes ongles bien rognés.

Ce coffre d’orichalque ocellé de sardoines
et doublé de samit qu’autrefois Gengis-Khan
offrit à mon aïeul semble des plus idoines
à recevoir mon corps aimé de Dinican!

Étendez-moi rigide au fond de cette bière,
placez entre mes mains nos livres décadents:
Laforgue, Maldoror, Rimbaud, Tristan Corbière,
mais pas de René Ghil: ça me fout mal aux dents!