LA NÉGRESSE BLONDE
Quamvis ille niger, quamvis tu candidus esses
Virgile.
Electro similes auroque capillos.
Ovide.
Fulvoque nitet coma gratior auro.
Calpurnius.
Et flavicomis radiantia tergora villis.
Claudien.
I
Elle est noire comme cirage,
comme un nuage
au ciel d’orage,
et le plumage
du corbeau,
et la lettre A, selon Rimbaud:
comme la nuit,
comme l’ennui,
l’encre et la suie!
Mais ses cheveux,
ses doux cheveux
soyeux et longs
sont blonds, plus blonds
que le soleil
et que le miel
doux et vermeil,
que le vermeil,
plus qu’Ève, Hélène et Marguerite,
que le cuivre des lèchefrites,
qu’un épi d’or
de Messidor,
et l’on croirait d’ébène et d’or
La Belle Négresse, la Négresse Blonde!
I
Cannibale mais ingénue
elle est assise, toute nue
sur une peau de kanguroo,
dans l’île de Tamamourou!
Là, pétauristes, potourous,
ornithorrynques et wombats,
phascolomes prompts au combat,
près d’elle prennent leurs ébats!
Selon la mode Papoua,
sa mère, enfant la tatoua:
en jaune, en vert, en vermillon,
en zinzolin, par millions,
oiseaux, crapauds, serpents, lézards,
fleurs polychromes et bizarres,
chauves-souris, monstres ailés,
laids, violets, bariolés,
sur son corps noir sont dessinés.
Sur ses fesses bariolées
on écrivit en violet
deux sonnets sibyllins rimés
par le poète Mallarmé,
et sur son ventre peint en bleu
fantastique se mord la queue
un amphisbène.
L’arête d’un poisson lui traverse le nez;
de sa dextre aux doigts terminés
par des ongles teints au henné,
elle caresse un échidné,
et parfois elle fait sonner
en souriant d’un air amène
à son col souple un beau collier
de dents humaines,
La Belle Négresse, la Négresse blonde!