Normalement, le Fraisier des bois fructifie une seule fois, au printemps, tandis que le Fraisier des Quatre-Saisons, appelé peut-être improprement Fraisier des Alpes, donne aussi des fruits à l’automne. L’origine de cette race est incertaine. Elle n’est sans doute qu’une simple variation fixée du Fragaria vesca, dont elle ne diffère que par son caractère remontant, ses fruits plus gros et allongés au lieu d’être arrondis. Dès le XVIe siècle, des botanistes avaient signalé dans les Alpes des Fraisiers à floraison continue et la tradition — rapportée par Duchesne — veut que Fougeroux de Bondaroy, neveu du physiologiste Duhamel, en ait rapporté les premières graines du Mont-Cenis vers 1760. Phillips, cependant, assure que les Anglais avaient reçu de Hollande le Fraisier des Alpes avant cette époque. Ils en auraient envoyé des plants au Jardin royal de Trianon où Duchesne le vit en 1766. M. de Lambertye et d’autres écrivains fraisiéristes, se basant sur les dires de botanistes modernes qui n’auraient jamais rencontré ce Fraisier dans leurs herborisations alpines, inclinent à croire que la variété remontante est née dans les cultures. Quoi qu’il en soit, le Fraisier des Quatre-Saisons nous est connu depuis 150 ans environ. Il a peu varié si on le compare aux Fraisiers hybrides des espèces américaines qui, en moins de 50 ans, ont donné naissance à tant de races si différentes comme saveur, couleur du fruit, précocité ou tardivité.

La race sans coulants, connue sous le nom de Fraisier de Gaillon, a été obtenue dans le premier quart du XIXe siècle, à Gaillon, par M. Lebaube, conservateur des forêts. Une variété à fruits blancs, sans coulants, est due à Morel de Vindé, agronome.

Le Fraisier de Montreuil ou Fr. Fressant est encore un descendant du Fr. des bois. Un nommé Fressant, le cultiva le premier dans les environs de Paris, au commencement du XVIIIe siècle. Vers 1800 ce Fraisier était le seul cultivé pour l’approvisionnement de Paris à Montreuil, Montlhéry, Bagnolet, Romainville et autres localités de la banlieue où l’on se livre à la culture commerciale de ce fruit depuis plus de deux siècles. D’autres variétés du Fr. des bois ont été successivement à la mode : Reine des Quatre-Saisons (Gauthier, vers 1866), James (Bruant, 1878), Belle de Meaux (Ed. Lefort, 1885), Quatre-Saisons améliorée (Lapierre, 1896), etc. De nos jours, la culture commerciale de ces variétés qui ont une supériorité incontestable, mais dont la cueillette est dispendieuse pour le producteur, tend à diminuer, tandis que celle des gros fruits augmente de plus en plus.

Les Caprons, ces précurseurs de la Fraise à gros fruits, ont été beaucoup cultivés autrefois ; ils dérivent d’une autre espèce indigène le Fr. elatior qui est assez rare dans les bois montueux de la région parisienne. Le Capron est le Fraisier Hautbois des Anglais. Parkinson, l’appelait en 1629 Fraisier de Bohême et Hautbois ; ce dernier nom, dit-il, est une corruption de l’allemand haarbeere. Duchesne dit que le mot est français et l’explique avec vraisemblance par une allusion à la grande taille de ce Fraisier et à ses hampes élevées.

Le Fragaria collina, assez rare sur les coteaux arides, dans les forêts de Saint-Germain, de Compiègne, à Malesherbes, aux environs de Provins, a donné naissance au Fraisier étoilé qui possède encore les synonymes suivants : Breslinge, Craquelin, Fraisier vineux de Champagne, etc. Le Fraisier de Bargemont, Majaufe de Provence serait, d’après le botaniste J. Gay, soit une forme du Fr. collina soit un hybride du Fr. vesca et du Fr. collina. Ce type est originaire de Bargemont, dans le Var. Il est entré dans les cultures vers 1760.

Ces Fraisiers, ainsi que les Caprons, ne se rencontrent plus guère que dans les collections. Avec les variétés de Fraisiers des bois améliorés, ils ont été les seuls cultivés, avant la vogue des gros fruits issus des espèces introduites d’Amérique au XVIIe et au XVIIIe siècle.

Comme l’Europe, les pays tempérés du Nouveau Monde possédaient deux ou trois représentants du genre Fragaria : Le Fr. du Chili, Fr. chiloensis, le Fr. de Virginie, Fr. virginiana et le Fr. grandiflora, Fr. de Caroline ou Fr. Ananas. Les deux premiers sont généralement considérés comme des espèces bien distinctes. Le troisième peut être une variété du Fraisier de Virginie ou un hybride. D’ailleurs l’extrême variabilité des Fraisiers américains rend très probable l’existence en Amérique d’un seul type primitif d’où seraient sorties toutes les formes actuelles.

Le Fraisier écarlate de Virginie a fait son apparition en Europe au commencement du XVIIe siècle, mais on ne possède aucun renseignement sur son introduction. La Fraise écarlate de Virginie se trouve sur les catalogues de Jean Robin, botaniste de Louis XIII en 1624 et de l’anglais Tradescant vers le même temps (1629). Miller l’a décrit dans son Dictionnaire, et dans la Pomona de Langley imprimée à Londres en 1729, on trouve une bonne figure gravée et la description du Fr. virginiana. Cependant ni le Jardinier françois, ni la Quintinie n’ont cultivé ce Fraisier.

Le Fraisier du Chili a été introduit en Europe en 1715 par un voyageur français, lequel, par une coïncidence singulière, s’appelait Frézier. Sur cette introduction, nous extrayons les renseignements qui suivent d’un petit travail de M. Blanchard, jardinier-chef du Jardin botanique de la Marine qui a contribué à faire connaître le nom de ce Frézier, ingénieur et voyageur, né à Chambéry, en 1682, d’une famille écossaise qui émigra en France à la fin du XVIe siècle. La réputation que Frézier s’était acquise dans le corps du génie ayant attiré sur lui les regards, vers 1711, on l’envoya prendre connaissance des colonies espagnoles de l’Amérique méridionale. Il s’embarqua le 23 novembre 1711 à Saint-Malo. Le 18 juin 1712, il se trouvait à La Conception. Il visita la ville, en donna l’histoire ainsi que celle des productions minérales et végétales du Chili et en particulier d’un Fraisier vivant à l’état sauvage et recherché par les colons espagnols. A son retour à Paris en 1715, il présenta à Louis XIV le résultat de son voyage dont il publia en 1716 la première édition, sous le titre de : Relation du voyage de la mer du Sud, des côtes du Chili et du Pérou, fait pendant les années 1712, 1713 et 1714. A titre de curiosité, il rapporta des plantes vivantes de Fraisier du Chili.

Frézier, en 1740, vint à Brest en qualité de directeur des fortifications ; il mourut dans cette ville en 1773[503]. C’est évidemment à ce personnage que l’on doit l’introduction dans les environs de Brest, du Fraisier du Chili. Il s’en fait à Plougastel une culture des plus importantes pour l’exportation et la consommation des villes bretonnes. Là seulement, de nos jours, on rencontre le Fraisier du Chili pur type, auquel l’air humide du climat marin est indispensable. Plougastel était déjà célèbre par ses Fraises vers la fin du XVIIIe siècle. En 1720 le Fraisier du Chili était en Hollande ; il fut transporté en Angleterre en 1727. Malgré l’introduction réelle faite par Frézier, l’origine du Fraisier du Chili reste discutable. Quelques-uns pensent qu’il peut être né d’un Capronnier européen transporté en Amérique par les Espagnols pour qui la Fraise, paraît-il, est une friandise recherchée[504]. La plante rapportée par Frézier était hermaphrodite-femelle et serait par conséquent demeurée stérile si elle n’avait été fécondée en Europe par une espèce préexistante à gros fruits. Le Capronnier mâle ou le Fraisier de Virginie ont-ils joué un rôle dans cette fécondation ?