[503] Blanchard, le Fraisier de Plougastel, Jal S. N. H. F., 1878, p. 624, 712 ; 1879, p. 48, 99.

[504] Millet, Les Fraisiers, p. 30.

Dans tous les cas, il est certain que nos Fraisiers à gros fruits doivent sortir par variation ou hybridation des Fraisiers américains. Hybrides probables des espèces précédentes, les Fraisiers de Caroline, de Bath et Ananas, qui constituent la plus ancienne amélioration du groupe des Fraisiers à gros fruits, ont une origine problématique sur laquelle nous ne nous étendrons pas. Ils ont été souvent confondus et paraissent peu distincts. Le Fraisier Ananas a paru en Allemagne, d’aucuns disent en Hollande, vers 1760 ; de là il s’est répandu en France, en Suisse et en Angleterre. Vers cette époque deux Fraisiers très distincts ont été cultivés dans les jardins sous le nom de Fr. Ananas, à cause du goût et du parfum de leurs fruits. L’un était le Fraisier Ananas de Miller et des catalogues hollandais[505]. De cette sorte paraissent descendues toutes les grosses Fraises dites Anglaises. Un autre Fraisier Ananas introduit à Trianon sous Louis XV a été décrit par Poiteau. C’est ce Fr. Ananas, type français, qui a approvisionné de gros fruits la ville de Paris pendant plus d’un demi-siècle. Il a disparu seulement devant les introductions anglaises.

[505] Mme de Vilmorin, Jardin fruitier du Muséum, t. V, p. 15.

Le premier essai de la culture de la Fraise remonte à 1760, date mémorable dans l’histoire du Fraisier. Le roi Louis XV avait une véritable passion pour la Fraise. Duchesne a fait allusion à cette gourmandise royale : « La Fraise, dit-il, est un de nos fruits les plus agréables. Notre Roi la chérit. On vient de rassembler par son ordre au Petit-Trianon les différentes sortes existantes en Europe : la fortune du Fraisier est faite. »

Toutefois, malgré l’introduction de tant d’espèces et de variétés nouvelles du genre Fraisier dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, il faut arriver en 1820, date de l’apparition des premières Fraises anglaises, pour rencontrer des gains remarquables. Ce sont les Anglais qui ont enrichi les jardins, par le moyen des semis, des premières sortes à gros fruits, les plus délicates pour la table. Les Fraises Elton (1809) et Downton dues à des fécondations croisées de l’éminent président de la Société royale d’horticulture de Londres, M. Andrew Knight, ont été le point de départ des améliorations de la Fraise à gros fruits. Myatt, fameux semeur, de Deptford, paraît avoir opéré sur des hybrides de Knight pour obtenir British Queen, si longtemps réputée. De Keen, maraîcher à Isleworth, on connaît surtout Keen’s Seedling (1821). Ont eu leur moment de vogue Wilmot’s Superb (1823), Myatt, Admiral Dundas, Eleanor (Myatt 1847), Sir Harris, Victoria (Trollop 1852), Jucunda (Salter 1854). La Fraise de Barnes supplante l’ancienne Fraise de Bath ou Ananas. Avant 1837, Lindley énumérait 62 variétés cultivées en Angleterre. Elton fut propagée par Truffaut, de Versailles, vers 1830, mais l’entrée en France des Fraises anglaises a été lente et tardive. Entre 1840 et 1850, Jamin et Durand, horticulteurs à Paris, rue de Buffon, et ensuite à Bourg-la-Reine, avaient une collection de Fraises anglaises encore très peu répandues. En France, les améliorations de la grosse Fraise commencèrent avec Gabriel Pelvilain, jardinier-chef du château royal de Meudon, qui obtint en 1844, d’un semis de Fraise Elton, un gain supérieur en qualité à la plupart des Fraises anglaises connues par leur extrême acidité, et qu’il nomma Princesse royale en l’honneur de la Duchesse d’Orléans. Ce fut la première Fraise à gros fruit de grande culture. Sa grande productivité en permettait la vente à bas prix. La grosse Fraise commença vers cette époque à entrer dans la consommation populaire.

Princesse royale, à qui l’on pouvait reprocher une mèche centrale ligneuse, fut vite détrônée par d’autres variétés à gros rendement, comme Marguerite, issue d’un semis effectué en 1858 à Châlons-sur-Marne, par Lebreton. Vicomtesse Héricart de Thury obtenue par Jean-Laurent Jamin et mise au commerce en 1852. C’est encore la Fraise la plus populaire des rues sous le nom dénaturé de « Ricart ». Dr Morère, variété élevée par Berger, de Verrières (S.-et-O.), qui l’obtint dans un semis en 1865. Mise au commerce par Durand en 1871. Sir Joseph Paxton, gain anglais de Bradley, la principale Fraise des marchés anglais. Noble, variété anglaise de Laxton (vers 1896) ; Général Chanzy, de Riffaud ; Jarles, type perfectionné de Dr Morère (1899) et d’autres encore. Les unes se faisant remarquer par leur précocité, leur productivité, leur fermeté, et propres à la culture commerciale ; d’autres variétés à la chair délicatement parfumée, au beau coloris, avantageuses pour le jardin de l’amateur.

Le règne de Napoléon III a vu plusieurs semeurs-fraisiéristes qui ont produit une série de variétés de ces Fraisiers issus de types américains. Les noms de leurs obtentions, pour la plupart oubliées aujourd’hui, remplissent les catalogues et les périodiques horticoles du temps. Ce sont Graindorge, à Bagnolet ; Robine, à Sceaux ; Gloëde, à Moret et ensuite à Beauvais. Celui-ci, qui cultivait jusqu’à 300 sortes de Fraisiers, a mis au commerce beaucoup de Fraises anglaises et les gains de certains amateurs français comme ceux du Dr Nicaise, à Châlons-sur-Marne. La première obtention de cet ancien chirurgien des Hôpitaux militaires devenu amateur de Fraises, fut La Châlonnaise (1852). On a beaucoup parlé de sa Fraise Dr Nicaise (1863), un fruit énorme, de forme irrégulière. Parmi les semeurs étrangers on remarque Ingram, jardinier-chef des jardins royaux de Frogmore et le capitaine Laxton, en Angleterre. De Jonghe, en Belgique, est l’obtenteur de La Constante.

Parmi les fraisiculteurs plus modernes, il faut noter Gauthier, à Caen, François Lapierre, pépiniériste au Grand-Montrouge, obtenteur de La France (1885) ; il a beaucoup contribué à la vulgarisation des bonnes variétés dans les environs de Paris. Ed. Lefort, de Meaux, s’est particulièrement consacré à l’amélioration des Fraisiers. Semeur heureux, il a obtenu Belle de Meaux, Ed. Lefort, Le Czar et autres.

Une amélioration très avantageuse survenue récemment dans le groupe des hybrides à gros fruits est la qualité remontante qui appartenait jusqu’ici au seul Fraisier des Alpes issu de notre principale espèce indigène. Cependant les Fraisiers américains ont assez souvent la faculté de remonter dans le Midi. Même sous le climat parisien, on a pu voir quelquefois des fruits en août et septembre sous l’influence de certaines causes atmosphériques. Dans des conditions exceptionnelles de culture, Vicomtesse Héricart et Marguerite donnent aussi une 2e récolte de fruits, sans être, malgré cette particularité, franchement remontantes. C’est à M. l’abbé Thivolet, curé de Chanoves (Saône-et-Loire), que revient le mérite de la création du premier Fraisier remontant : le Saint-Joseph obtenu de semis en 1893 (Synonymes : Rubicunda, Léon XIII), et dont l’amélioration a été rapide. Déjà Jeanne-d’Arc due à Ed. Lefort (1897) était un fruit de qualité supérieure. Puis vint Saint-Antoine de Padoue, autre obtention de M. l’abbé Thivolet, mise au commerce en 1899 par la maison Vilmorin. Cette série nouvelle de formes remontantes dans le genre Fraisier permet à la grosse Fraise de figurer sur les tables à la fin de l’été et à l’automne concurremment avec la Fraise des Quatre-Saisons.