Comme nous l’avons dit, la vulgarisation de la Fraise due au bas prix des sortes à gros rendement, ne remonte qu’au milieu du XIXe siècle. Elle a eu d’heureuses conséquences économiques en mettant un fruit excellent à la portée de la classe ouvrière presqu’entièrement privée de ces aliments agréables et hygiéniques. Les Annales de la Société royale d’Horticulture constatent en 1845 que l’on commence à Paris la vente des Fraises sur les petites voitures. C’étaient encore des Fraises Capron et des Quatre-Saisons. En 1854, Hérincq signale dans son Horticulteur français qu’il se vend dans les rues de Paris des Fraises à 0,20 c. la livre, « ce qui, dit-il, ne s’était pas encore vu dans la capitale où la Fraise était jadis considérée comme fruit de luxe ».
La culture de la Fraise a pris de nos jours une extension incroyable autour de toutes les grandes villes. Dans certains départements, il s’est créé des exploitations spéciales pour l’exportation. Les plus grandes fraiseraies du monde se trouvent en Angleterre et aux Etats-Unis. Moins vastes, les cultures françaises sont aussi plus nombreuses. Vaucluse, Var, Alpes-Maritimes, Rhône, Maine-et-Loire, Tarn-et-Garonne produisent beaucoup de Fraises. Dans le département du Nord, la Fraise donne lieu à une importante culture sous verre. Les cultures spéciales de Plougastel (Finistère) sont célèbres. L’exportation se fait surtout sur Paris et en Angleterre. Le commerce de la Fraise est très important à Carpentras, Toulon, Hyères, Orange, Avignon, etc. L’initiative de la culture de la Fraise en Vaucluse revient à M. François Martin, né à Carpentras en 1844. L’approvisionnement de Paris en Fraises de saison est tiré principalement des départements de la Seine et de Seine-et-Oise. La région classique de la Fraise autour de Paris est constituée par la vallée de l’Yvette entre Chevreuse et Palaiseau et la vallée de la Bièvre. La commune de Palaiseau, seule, a environ 100 hectares de fraiseraies. Le canton en a 700. C’est une culture récente[506].
[506] Ardouin-Dumazet, Voyage en France, 45e série, p. 208.
Au XVIIe siècle, selon Tallemand des Réaux, le village de Bagnolet, près Paris, fournissait de Fraises les tables luxueuses. Un siècle plus tard, Montreuil paraît être le principal centre de culture des environs de Paris. Roger Shabol disait en 1770 : « il se vend annuellement pour dix mille écus de Fraises dans cette localité ». Nous citerons, pour l’époque actuelle, parmi les principaux centres producteurs de Fraises commerciales : Sceaux, Antony, Marcoussis, Orsay, Fontenay-aux-Roses, Clamart, Groslay, Montlhéry, Argenteuil.
M. Georges Villain a donné des détails intéressants sur les cultures de Fraises des autres régions françaises :
« La Fraise est cultivée dans cinq groupes principaux : Carpentras, Plougastel, Hyères, Saumur et Montauban. Les expéditions de Carpentras ont doublé depuis dix ans (1900-1910). La variété Marguerite qui ne peut supporter les longs parcours a été remplacée par la Héricart, la Paxton, la May-Queen. Cette culture est très rémunératrice ; on cite un cultivateur qui, sur un hectare, a récolté 5.280 francs, laissant un bénéfice net de 2.400 francs.
« A Plougastel, même progression : la surface cultivée en Fraises est de 600 hectares ; on en vend actuellement pour près de 1.500.000 francs. Entre deux rangs de Fraises est intercalée une rangée de petits Pois. La plus grande partie de ces deux récoltes va en Angleterre. Angers et Saumur expédient, durant un mois, dix wagons de 5.000 kilogr. de Fraises par jour vendues à Paris de 45 à 100 francs les 100 kilogr.[507]. »
[507] Bull. Soc. nat. d’Agric., 1910, p. 268.
Hyères et Toulon expédient sur Paris, dès le 1er avril, par wagons pleins, la petite Fraise des bois améliorée. Fin avril et en mai arrivent de Carpentras et environs les grosses Fraises cultivées sous verre. C’est une culture très lucrative. En avril-mai des fruits extra-gros provenant de la culture sous verre, peuvent atteindre le prix de 0,75 c. à 2 fr. pièce, selon la rareté ou la demande de la marchandise.