Comme pour montrer le grand cas que l’on faisait de ce fruit délectable, des opuscules sur le Melon ont été publiés à une époque où les auteurs n’écrivaient pas d’ordinaire sur une plante potagère. Jacques Pons, médecin lyonnais, fit paraître une brochure intitulée : Sommaire Traité des Melons, dont les deux éditions (1583 et 1586) sont devenues extrêmement rares. Un peu plus tard, le Théâtre d’agriculture, d’Olivier de Serres (1600), les éditions successives de la Maison rustique de Ch. Estienne décrivent minutieusement la culture primitive du Melon. On remarque chez ces auteurs les préventions des anciens agronomes contre l’emploi du fumier frais dans la construction des couches, qu’ils considèrent comme pouvant gâter la bonté et odeur du Melon et nuire à la santé. Leur taille consiste à « chastrer la poincte des jects de l’herbe ». C’est le pincement réitéré à deux yeux qu’ont pratiqué tous les jardiniers d’autrefois. Parmi d’autres opérations très arriérées, il faut signaler celle complètement inefficace de tremper les graines à semer dans des liquides aromatisés, afin de communiquer aux Melons la saveur et le parfum de ces liqueurs ; enfin l’habitude de « couper les oreilles », expression en usage pour désigner l’ablation des cotylédons ; puis la suppression inutile ou nuisible des fleurs mâles dites « fausses fleurs ».
Dans la culture primitive, on abritait les plantes au moyen de planches ou de nattes soutenues sur des piquets. Cl. Mollet, jardinier de Louis XIII, qui, le premier, a signalé l’emploi des châssis, donne déjà d’excellents conseils sur la conduite du Melon. De ce moment date la culture perfectionnée de cette plante potagère.
L’origine du Melon était demeurée incertaine à de Candolle et à Naudin. Ils admettaient que toutes les variétés de Melons cultivés semblaient dériver soit d’une race sauvage de l’Inde, le Cucumis pubescens, soit d’une race africaine, le C. arenarius des bords du Niger.
Cette dernière forme, de la grosseur d’une Prune, obovoïde, n’offrant que peu de côtes, mais des bariolures plus foncées, semble bien être le type primitif du Melon cultivé. On n’en connaissait précédemment que des échantillons découverts par Cosson à Port-Juvénal, parmi d’autres plantes exotiques introduites dans cette localité du littoral de la Méditerranée par le lavage des laines de provenance étrangère. Naudin nomma cette forme Cucumis Melo var. Cossonianus. Récemment, M. Auguste Chevalier, botaniste-explorateur, a recueilli, au cours de son voyage au Soudan des échantillons d’un Cucumis, véritable Melon en miniature, qui présente tous les caractères botaniques du Melon cultivé. Comparé avec les aquarelles de Naudin conservées au Muséum, ce Melon a été reconnu identique à la variété de Cosson, certainement d’origine africaine[517].
[517] Bull. du Muséum, 1901, p. 284.
Comme on le voit, le type primitif n’est plus reconnaissable dans nos variétés cultivées, tant l’espèce est mutable sous l’influence de la sélection. Le Melon est l’un des fruits que les horticulteurs ont le plus transformé au point de vue de la grosseur et de la qualité. Naudin, qui a cultivé au Muséum le Melon sauvage de Cosson, l’avait si bien amélioré dans le court espace de deux ans, par la sélection ou plutôt par l’hybridation, que les produits n’étaient presque pas différents des petites races de Melons domestiques.
Au commencement du XVIe siècle, Amatus Lusitanus dit qu’il y avait de nombreuses variétés de Melons, les unes à peau mince, d’autres à écorce épaisse, certaines à chair rouge ou blanche. Ruellius (1536) cite les sucrins ou succrobes. Gerarde connaissait les formes ronde, longue, ovale, piriforme. Camerarius a parlé du Melon à côtes et du Melon brodé dont l’écorce est recouverte d’un réseau subéreux blanchâtre. C’est l’ancien Melon maraîcher, qui fut à peu près le seul cultivé pour le marché jusqu’à ce que le Cantaloup l’eût supplanté. Les maraîchers élevaient encore des Melons brodés il y a 50 ans, car il a fallu beaucoup de temps pour habituer le public à consommer un produit cependant bien supérieur. Et pourtant nous pouvons croire que les anciens Melons maraîchers étaient rarement bons. Autrement comment expliquer les continuelles doléances sur la difficulté de trouver un bon Melon ?
Un poëte a dit de ces Melons :
Les amis de l’heure présente
Ont le naturel du Melon :