Par suite de sa culture très ancienne, le Cresson alénois cultivé présente quelque différence avec la plante sauvage ; ses feuilles sont plus larges et d’un vert plus foncé. La jolie variété à feuilles frisées est ancienne ; elle est mentionnée par Bauhin, de même celle à larges feuilles[535]. Le Cresson alénois doré, sous-variété du Cresson à larges feuilles et qui se distingue par la teinte jaunâtre de son feuillage, est moderne. Les ouvrages horticoles n’en parlent qu’à partir du premier quart du XIXe siècle.
[535] Phytopinax (1596), pp. 160, 161 ; — Pinax (1623), pp. 103, 104.
ESTRAGON
(Artemisia Dracunculus L.)
Armoise aromatique à odeur pénétrante qui se trouve dans les plus modestes potagers. Une « pointe » d’Estragon ajoutée à la salade la rend exquise et de plus facile digestion en raison des propriétés stimulantes de la plante. On s’en sert encore comme condiment pour les ragoûts et pour aromatiser le vinaigre.
C’est une plante herbacée, vivace, spontanée dans la Russie méridionale, la Sibérie, la Tartarie. Les Anciens ne l’ont pas connue, quoique Dalechamps veuille l’identifier a une herbe nommée Chrysocome par Dioscoride.
L’Estragon a été introduit au moyen âge et n’est devenu vulgaire qu’au XVIe siècle. Les Orientaux nous ont transmis la plante et son nom dans lequel on retrouve sans peine, malgré la déformation qu’il devait subir en passant par les langues européennes, le vocable arabe Tarkhoun, qui devint d’abord Tarchon, Targon ; puis, afin que ce mot barbare eût au moins le sens d’un nom connu, il fut converti en Dragon. Le nom linnéen Artemisia Dracunculus a conservé le souvenir de cette transformation d’origine populaire. Les Allemands ont Dracon, en Italie Draconcello. Les Anglais ont gardé une forme très ancienne avec leur Tarragon.
De là vient que Sprengel et plusieurs commentateurs ont cru reconnaître l’Estragon dans le Dragantea du capitulaire de Villis de Charlemagne ; mais, d’après les herbollaires du moyen âge, il est certain que l’Herba Dragontea, Dracontia ou Colubrina, est une Aroïdée qu’on appelle aujourd’hui la Serpentaire (Dracunculus polyphyllus L.). D’après un manuscrit du XIIIe siècle : « Serpentaire, dragontée, colebrine, tot est un »[536].
[536] Bibl. Sainte Geneviève, Ms. no 3113. fo 70. verso.
La compilation arabe d’Ibn-el-Beïthar (XIIIe siècle) cite tous les écrivains musulmans, y compris les médecins Rhazès et Avicenne, qui ont parlé de l’Estragon sous le nom de Tarkhoun bien avant que la plante fut connue en Europe. L’Estragon porte encore ce même nom — Tarkhoun — en Orient. D’après Ibn-el-Beïthar : « C’est un légume bien connu en Syrie, mais que l’on trouve rarement en Egypte ». « C’est un légume de table, dit Ali-Ibn-Mohammed, et on y sert ses pousses encore tendres avec la menthe et autres herbes pour exciter l’appétit et parfumer l’haleine »[537].