[62] Annales de Gand, 1848, p. 37.
Le Chou de Bruxelles paraît néanmoins une variété « endémique ». Un mémoire de Jean-Baptiste Van Mons, professeur de chimie et d’économie rurale à l’Université de Louvain et présenté à la Société royale d’Horticulture de Londres le 7 juillet 1818, dit ceci :
« Nous n’avons aucune information sur l’origine de ce légume, mais il se trouve depuis très longtemps dans nos jardins car il est mentionné dans les règlements de nos marchés en 1213, sous le nom de Spruyten, qu’il porte encore aujourd’hui »[63].
[63] Horticultural Transactions, t. III (1re série), p. 197.
Deux pièces de comptabilité des archives du département du Nord donnent encore une indication sur ce problème horticole.
Les archives de Lille conservent un grand nombre de registres de dépenses, remontant aux XVe et XVIe siècles, des différents princes de la Maison de Bourgogne. Dans un « état journalier » de la dépense du duc de Bourgogne, Charles Le Téméraire, en date du 10 février 1472, au château de Male, nous trouvons ce détail intéressant : « Pour les noces de Messire Bauduin de Lannoy et de Michielle Denne, l’une des Demoiselles de ma ditte Dame : un cent de sprocq ». Dans un autre « état journalier » de la dépense de l’hôtel de l’archiduc Maximilien, duc de Bourgogne et comte de Flandre, à Bruges, nous voyons encore à la date du 4 mars 1481 : « dépenses pour les noces d’Alcande de Brébérode qui fut épousée à l’Hôtel : un demi-cent de sprot »[64].
[64] Archives Nord, série B. 3436, 3444.
Que peut signifier le mot sprocq ou sprot s’il n’indique pas les petites pommes du Chou de Bruxelles ? D’après le dictionnaire rouchi-français de Hécart, sprot ou sprout sont les mots flamands du Nord de la France pour Chou de Bruxelles. En Belgique, ce Chou, en quelque sorte national, s’appelle spruyt, et sprout en anglais. Dans les langues germaniques ce mot a le sens de jeune bourgeon ou rejet.
Les documents cités plus haut peuvent faire admettre que la culture du Chou de Bruxelles est très ancienne dans les pays flamands et que probablement cette race de Chou est un produit du sol de la Belgique.
Il est toutefois difficile d’expliquer le silence de tous les anciens livres de jardinage sur un légume aussi précieux pour l’art culinaire. Il est encore étrange qu’une race si particulière n’ait pas attiré l’attention des anciens botanistes. Fuchs, Dodoens, Clusius, Bauhin, Dalechamps, ont décrit ou figuré tous les Choux connus. Aucun d’eux n’a parlé du Chou de Bruxelles.