—Enfin! murmura Ossipoff.

Par un curieux phénomène de perspective que les aéronautes de notre monde n'ont pu décrire, ne s'étant jamais élancés dans l'espace à d'aussi vertigineuses hauteurs, la planète étendait, sous les pieds des voyageurs, son panorama immense dont l'horizon semblait se relever jusqu'à hauteur de l'œil, formant ainsi un gigantesque entonnoir prêt à recevoir ceux qui arrivaient à lui du fond de l'espace.

—Une chose qui m'étonne, dit soudain Fricoulet, c'est que nous ne soyons pas plus près du sol, une distance d'au moins quinze kilomètres nous en sépare, ce que je trouve anormal, étant donnée l'attraction de ce globe presque aussi gros que la Terre.

Ossipoff, qui avait entendu l'observation de l'ingénieur, se retourna et lui dit:

—Vous comptez sans doute pour rien l'action du parachute qui joue le rôle d'un frein extrêmement puissant et puis, du moment que vous parlez de la Terre, je suis obligé de vous rappeler que l'atmosphère vénusienne a une densité double de l'atmosphère terrestre, du reste, vous voyez que nous respirons parfaitement à 15 kilomètres d'altitude, une lieue et demie plus haut que l'endroit où sont morts Sivel et Crocé-Spinelli, les courageux aéronautes terrestres, vous pouvez juger, par conséquent, de la densité de cet air, au ras du sol.

—Mais, nous allons être noyés et écrasés par la pression! s'écria M. de Flammermont.

Fricoulet secoua la tête:

—Erreur, répliqua t-il, nous nous habituons peu à peu à cette pression et, progressivement aussi, le jeu de nos poumons s'accoutume à la densité de cet air, on vit parfaitement sous une pression de quatre à cinq atmosphères. Sur Terre, les plongeurs et les hydrauliciens qui travaillent dans des caissons, subissent une pression encore plus considérable, et ils n'en meurent pas... Rassure-toi donc, mon cher, nous nous trouverons très bien de notre séjour sur ce monde nouveau.

—Oh! protesta M. de Flammermont, ce n'est pas pour moi que je crains.