L'ingénieur se frotta les mains.

—Nous ne devons plus être éloignés que d'une vingtaine de kilomètres, n'est-ce pas? fit-il.

—C'est-à-dire, quelques heures de voyage à peine, répondit Ossipoff.

Cependant, Farenheit avait ramassé sa couverture de voyage et l'avait jetée sur ses épaules, à la façon d'un plaid.

—Brrr, grommela t-il, savez-vous bien qu'il ne fait pas chaud, on grillait tout à l'heure, on gèle maintenant, il n'en faut pas plus pour attraper des fluxions de poitrine...

—C'est un avant-coureur de la température qui nous attend dans Vénus, répliqua Gontran, en imitant l'exemple de l'Américain.

—C'est une preuve de la densité de l'atmosphère qui forme, entre la planète et le Soleil, un écran dont l'épaisseur la protège de l'ardeur des rayons solaires.

Ossipoff avait repris sa place au bordage et, sa lunette à la main, examinait avec impatience le monde nouveau qui se profilait dans l'espace.

—Vous vous perdrez les yeux, à ce métier-là, mon cher monsieur, dit Fricoulet en haussant les épaules.

Comme il achevait ces mots, et sans que rien eût fait prévoir un si brusque changement de temps, les brumes se déchirèrent, les nuages grisâtres s'enfuirent dans toutes les directions et, aux yeux émerveillés du Terrien, Vénus apparut, radieusement éclairée par le Soleil.