—Pour moi, vous me permettrez de m'en tenir à l'opinion de mon illustre homonyme, car, de ces continents, que connaît-on?

—Je vous ai déjà dit, et je répète que, par suite de sa situation dans l'espace, Vénus présente, pour ceux qui ont entrepris de l'étudier, des difficultés considérables et qui s'opposent à ce qu'on ait sur elle des notions aussi exactes que celles que l'on possède sur la Lune ou sur Mars, par exemple. Aussi, en 1833 et 1836, les sélénographes Beer et Madler ont dessiné l'aspect de Vénus; leurs dessins ont été refaits, en 1847, par Gruithuisen et, en 1881, par M. Niester, à l'observatoire de Bruxelles.

—Tout cela est fort joli, s'exclama brusquement Jonathan Farenheit, mais le résultat?

—Le résultat est qu'on est certain de l'existence de montagnes très élevées sur Vénus; le relief géographique est considérable et, les mêmes forces en action sur la Terre s'étant également donné jeu sur ce monde, il s'ensuit qu'il existe des volcans, des chaînes de montagnes: mais quant à des mesures précises sur tout cela, on n'en a pas.

—Donc, les Continents célestes ont raison! s'écria triomphalement M. de Flammermont.

—Ai-je donc dit qu'ils eussent tort? répliqua le vieux savant d'un ton piqué.

Pour faire diversion Fricoulet demanda:

—J'ai entendu soutenir quelquefois cette théorie: que Vénus avait un satellite.

Gontran considéra son ami avec stupeur, le croyant devenu fou subitement; mais sa surprise fut bien plus grande encore, lorsqu'il entendit Ossipoff répondre en hochant la tête:

—Beaucoup d'astronomes ont cru voir, en effet, le satellite dont vous parlez; quant à moi, malgré les nombreuses brochures publiées à ce sujet, je persiste à considérer son existence comme problématique... vous me répondrez qu'il est difficile, d'un autre côté, d'admettre que des savants comme Cassini, Horrebow, Short et Montaigne aient mal vu ou aient pu prendre, pour argent comptant, une illusion d'optique.