—Parce que les aliments dont ils font usage contiennent les principes nutritifs nécessaires à leur organisme.
—Mais qui vous prouve que notre estomac ne s'accommoderait pas, lui aussi...?
Le vieillard lui coupa la parole, d'un geste désespéré.
—Eh! dit-il, croyez-vous que j'aie attendu jusqu'à aujourd'hui pour m'en assurer?... L'analyse chimique m'a démontré que nous ne saurions nous plier à l'alimentation lunarienne.
Ces paroles furent accueillies par un gémissement et un cri de rage, le premier poussé par Gontran, le second échappé des lèvres de Fricoulet.
Les trois hommes se regardèrent pendant quelques instants, silencieux et atterrés.
La situation était en effet terrible: lutter contre l'impossible était encore à la hauteur de leur audace, mais lutter contre la faim...
Ce fut l'ingénieur qui reprit le premier la parole.
—Mourir de faim! exclama-t-il, avoir fait plus de quatre-vingt-dix mille lieues pour venir mourir de faim sur la lune! En vérité, ce serait stupide, et si les bons astronomes terriens apprenaient jamais cela, ils en éclateraient de rire devant leurs télescopes.
Et il se mit à arpenter furieusement la salle de long en large.