—Comment, fit-il, vous aussi, vous vous laissez abattre?

Puis tout à coup se redressant, il s'écria d'une voix vibrante, enthousiasmé par la difficulté même des obstacles qu'il s'agissait de vaincre:

—Eh bien! puisque vous son père, vous son fiancé, vous l'abandonnez, c'est moi qui irai au secours de Mlle Séléna.

Gontran saisit la main de son ami et la serra énergiquement.

—Dispose de moi, Fricoulet, prononça-t-il d'une voix ferme; ce que tu me diras de faire, je le ferai; partout où tu iras, j'irai, car en vérité, j'ai honte de mon abattement et de ma désespérance!

—Mais, insensés que vous êtes, exclama le vieillard, ne songez-vous donc pas qu'en s'emparant de notre obus, ce misérable nous a ravi, non pas seulement le moyen de quitter le sol lunaire, mais encore le moyen d'y pouvoir subsister?

Gontran devint tout pâle.

—Que voulez-vous dire? balbutia-t-il.

—Que nous n'avons plus qu'à mourir de faim; il ne nous reste plus ni vivres, ni eau, ni air...

—Allons donc! riposta M. de Flammermont, les Sélénites trouvent bien moyen de vivre.