Le comte lui saisit les mains.
—Parle, fit-il avec angoisse, aurais-tu quelque espoir... quelque projet?...
—De l'espoir! non; mais, en tout cas, je n'ai aucune désespérance: je suis furieux, j'enrage, j'étranglerais Sharp avec une jouissance infinie; mais, en ce qui concerne Mlle Ossipoff, si j'étais à ta place, je ne me désolerais qu'après avoir retrouvé son cadavre.
—Le retrouver, murmura Gontran, penses-tu que cela soit possible?
—Eh! riposta l'ingénieur avec un haussement d'épaules plein de fatuité, peut-il y avoir quelque chose d'impossible à des hommes comme nous?
Et, tout heureux de voir Gontran sorti de la torpeur première dans laquelle l'avait plongé la disparition de sa fiancée, il s'écria:
—Allons! sursum corda[1]!... Que ce malheur, loin de nous abattre, nous mette, au contraire, le diable au corps pour nous faire sortir triomphants de la lutte gigantesque que nous avons entamée contre l'Infini.
Un gémissement retentit derrière l'ingénieur et la voix douloureuse d'Ossipoff se fit entendre:
—Hélas! il ne s'agit pas, pour nous, de lutter contre l'Infini, mais bien contre notre propre nature. Que parlez-vous, M. Fricoulet, de courir à la poursuite de Sharp, alors que, dans quelques heures, nous ne serons plus que des cadavres?
Le jeune ingénieur ne put retenir un mouvement de surprise.