Quatre coups de feu retentirent; c'était Ossipoff et ses compagnons qui venaient, ensemble, de décharger en l'air leur revolver.

Ce fut un brouhaha indescriptible, un tumulte épouvantable, une clameur assourdissante où se mêlaient les cris d'effroi et les hurlements de douleur de ceux que les plus forts écrasaient dans leur fuite.

Voyant le succès inespéré obtenu par cette première décharge, les Terriens en firent une seconde qui accentua la débâcle; en moins de cinq minutes, la place fut complètement déserte; les Vénusiens avaient regagné leurs maisons dans lesquelles, sans doute, ils devaient se barricader fortement.

Fricoulet partit d'un large éclat de rire.

—Ah! dit-il, les peuples non civilisés ont du bon... Jamais un gardien de la paix, à Paris, n'obtiendrait par la douceur et les paroles conciliantes un semblable résultat.

—Puisque Brahmès ne vient pas à nous, dit Ossipoff, allons à lui.

Ce disant, suivi de ses compagnons, il s'avança vers le palais.

Comme ils étaient arrivés à peu de distance, un panneau d'une vingtaine de mètres de haut se déplaça tout à coup, roulant avec un bruit de tonnerre sur des galets de bronze, découvrant une baie large de quinze mètres environ, par laquelle les Terriens aperçurent un spectacle qui les frappa d'étonnement et d'admiration.

Au milieu d'une salle immense, sur un trône tout de bronze poli et étincelant comme de l'or, un Vénusien était étendu; les jambes, entourées de bandelettes brillantes, reposaient sur des coussins de pourpre; le buste, enveloppé d'une sorte de toge en étoffe blanche, toute constellée d'étoiles et de soleils, était soutenu par des oreillers de couleur jaune enrichis d'un métal inconnu aux Terriens, mais qui semblait luire comme des charbons enflammés.