—Les peuples de notre Monde, sont en migration perpétuelle pour chercher un milieu tempéré indispensable à la vie; deux fois par an, nous passons d'un hémisphère dans l'autre, pour fuir soit les dévorantes ardeurs du solstice, soit les froids sombres du pôle. Demain est l'époque à laquelle, d'après les statuts royaux, nous devons nous mettre en marche pour l'hémisphère Sud.

—Eh! s'écria Gontran, nous ne sommes points les sujets de Sa Majesté vénusienne, et ses statuts sont pour nous lettre morte. Émigrez si bon vous semble, quant à nous qui avons affaire ici, nous resterons.

Brahmès ne comprit pas les paroles de M. de Flammermont, mais il en devina le sens.

—Je doute, dit-il à Ossipoff, que vos compagnons et vous, soyez organisés de façon à supporter le froid glacial qui va enfermer, durant deux mois, ces contrées dans un cercueil de glace; c'est une mort certaine qui vous attend.

—Je ne doute pas de la vérité de ce que vous venez dire, répliqua tristement le vieillard, mais le délai que vous nous assignez détruit en nous tout espoir de jamais rejoindre celui que nous poursuivons... or, mourir de froid ou mourir de désespoir, c'est tout un pour nous.

Le roi, auquel cette réponse navrée fut traduite, garda le silence quelques instants; puis enfin, se départissant, pour la première fois, de son impassibilité, il se mit à gesticuler avec une vivacité extrême, tout en causant à Brahmès.

Celui-ci, quand Sa Majesté eut fini de parler, se tourna vers le vieux savant.

—Voici, dit-il, ce qui vous est proposé: vous suivrez l'émigration, car, ainsi que je vous l'ai dit, tout à l'heure, vous ne pouvez demeurer ici; les habitants du pays de Boos, que vous avez vus dans leur élément et que leur constitution physique met à même de supporter les froids les plus rigoureux, vont, dès aujourd'hui, s'occuper à démonter pièce par pièce le réflecteur de la montagne d'Itnounh et le transporteront au sommet de la plus haute montagne de notre globe, qui se trouve précisément au centre de la contrée où nous nous rendons; si cela vous convient, des ordres vont être donnés immédiatement pour que ces gens de Boos, qui nous servent d'esclaves, soient mis à la disposition du roi.

Comme bien on pense, cette proposition, transmise par Ossipoff à ses compagnons fut acceptée, par eux, avec enthousiasme.