—Et il nous va falloir grimper cela à pied? grommela Farenheit.
—À moins que vous ne comptiez monter en funiculaire, riposta Fricoulet gouailleur.
L'Américain haussa les épaules d'un mouvement furieux.
—Depuis de si longues semaines que je n'ai point fait usage de mes jambes, dit-il, j'ai les articulations rouillées, et, véritablement, je ne sais si j'aurai les forces nécessaires...
—On pourra vous louer des habitants du pays de Boos, dit Gontran en riant, cela vous remplacera les mulets dont on se sert, en Suisse, dans certaines ascensions.
Ossipoff hochait la tête, tout pensif.
—Il nous faudra au moins huit jours pour arriver là-haut, murmura-t-il.
—Le fait est, ajouta Fricoulet, que le Mont-Blanc n'est qu'une vulgaire taupinière à côté de ce sommet monstrueux.
—Mais, poursuivit l'Américain avec une légère inquiétude dans la voix, arrivés là-haut nous ne pourrons plus respirer...
—À ce point de vue là, rien à craindre, répliqua l'ingénieur; au pis aller, nous avons nos respirols, mais je doute que nous ayons besoin de nous en servir; l'atmosphère doit être encore assez dense pour permettre à nos poumons terrestres de fonctionner à l'aise.