—Eh! Eh! fit-il, cela dépend des goûts... on prétend que les gourmets la préfèrent froide.

—Ah çà! dit Farenheit en s'adressant à Ossipoff, j'espère bien que, aussitôt votre fille retrouvée et ce coquin de Sharp puni, nous ferons machine en arrière pour toucher Terre.

Ossipoff eut un brusque tressaillement; un voile sombre s'étendit sur son visage dont les muscles se contractèrent soudain, et il répondit d'une voix sourde, à peine distincte:

—Si c'est possible!

L'Américain fit un bond.

—Comment! si c'est possible! By God! il faudra bien que cela le soit. Je ne suis pas comme M. de Flammermont, moi; je ne me suis pas engagé à faire le tour du monde sidéral,—la gloire, moi, ce n'est pas mon fait—je ne suis pas astronome, je ne suis qu'un simple marchand de porcs... et l'astronomie je m'en moque comme un poisson d'une pomme...

Il s'arrêta un moment pour souffler et poursuivit:

—Ma maison de commerce me réclame... d'un autre côté, les actionnaires de la «Moon's diamantal Company» sont capables de croire que je leur ai joué le tour... enfin, voici bientôt venir l'époque des élections pour la présidence de l'Excentric Club... et j'en ai fait suffisamment pour que mon élection soit assurée... donc, je vous en préviens, aussitôt mon compte avec Sharp réglé, je demande à m'en aller.

—Et vous, monsieur Fricoulet, demanda Ossipoff, non sans anxiété, êtes-vous aussi pressé que sir Jonathan, de revoir notre planète natale?

—À vrai dire, monsieur Ossipoff, répliqua le jeune ingénieur, je ne vous cacherai pas que cette course, à travers les astres, commence à me paraître monotone... et, bien que je n'engraisse pas de porcs au boulevard Montparnasse, bien que je n'aie pas d'actionnaires auxquels il me faille rendre des comptes, bien que je n'aie posé ma candidature à la présidence d'aucun cercle—excentrique ou autre...—j'emboîterais assez volontiers le pas à sir Jonathan.