—Et les Continents célestes! les comptes-tu pour rien?...

—Compris, répliqua Fricoulet; eh bien! je te laisse à ta leçon; pioche ferme; moi, je vais aussi travailler un peu...

Et il alla s'installer à un hublot voisin de celui où le vieillard s'était établi avec sa lunette.

Un quart d'heure ne s'était pas écoulé que l'oreille de l'ingénieur fut désagréablement frappée par deux bruits sonores, mais de tonalités différentes qui emplissaient la logette.

Il se retourna et vit Gontran qui s'était assoupi, le nez sur l'ouvrage de son illustre homonyme, et qui mêlait ses ronflements à ceux de l'Américain.

Une quarantaine d'heures s'écoulèrent ainsi dans une monotonie désespérante pour M. de Flammermont et Jonathan Farenheit, le premier soupirant pour Séléna, le second rugissant après Sharp; puis, quand ils avaient suffisamment l'un soupiré, l'autre rugi, ils cherchaient, dans le sommeil l'oubli de leur amour stérile et de leur haine impuissante.

Quant à Ossipoff et à Fricoulet, ils ne quittaient guère leurs hublots d'observation que pour prendre le repos strictement nécessaire au maintien de leurs forces; tout le reste de leur temps, ils le passaient, l'œil vissé à la lunette ou la main noircissant leurs carnets de calculs interminables.

On touchait à la fin du second jour, lorsque Gontran, impatienté de voir Fricoulet toujours assis à la même place et plongé dans ses calculs algébriques, s'approcha de lui.

—Alors, fit-il, nous serions enfermés, pendant des années, dans cette cage que, pendant des années, tu regarderais et tu calculerais.