—Monsieur Ossipoff, implora Fricoulet, de grâce, dites-nous ce qui en est! Si vous vous rendez compte du phénomène qui se produit, expliquez-le nous, quelles qu'en doivent être les conséquences?
Alors, le vieillard, fixant sur eux des regards dans lesquels brillait comme une lueur de folie, balbutia:
—Nous tombons sur le Soleil!
Farenheit poussa un épouvantable juron, tandis que, dans sa rage impuissante, il menaçait des poings toute l'immensité noire et morne malgré les éclatants rayons du soleil, où la mort... une mort épouvantable... horrible, les attendait.
Gontran de Flammermont, anéanti, s'était laissé tomber sur le divan, et là, sans mouvements, sans pensée, balbutiant machinalement un seul nom: Séléna! il demeura de longues heures comme si la mort l'eut frappé déjà.
Ossipoff était retourné à sa lunette, mesurant le grossissement lent, mais continu du disque solaire.
Quant à Fricoulet, à l'écart dans un coin de la logette, son carnet à la main, il se livrait à des opérations algébriques gigantesques, noircissant le papier de chiffres et de figures trigonométriques, insouciant de l'océan de flammes dans lequel, quelques heures plus tard, ses compagnons et lui allaient être engloutis.
Peu à peu la chaleur s'élevait et, dans l'intérieur de la logette, l'air surchauffé, devenait irrespirable.
L'Américain, qui rôdait comme un ours en cage, s'approcha du thermomètre; il marquait 42 degrés centigrades au-dessus de glace.
—By God! gronda-t-il, serons-nous donc assez lâches pour attendre d'être dans cet épouvantable brasier... en tout cas, quant à moi, je suis bien décidé de ne pas attendre plus longtemps.