Dans un conseil tenu entre Gontran, Fricoulet, Farenheit et Séléna, il avait été décidé que l'on tiendrait en réserve, pour n'y toucher qu'à la dernière extrémité, ce qui restait de la provision de pâte alimentaire fabriquée dans la Lune et que l'on chercherait, sur le monde même où l'on vivait, des moyens d'existence.

On avait d'abord exploré minutieusement le fragment mercurien collé à la surface du noyau cométaire et qui représentait une superficie d'un kilomètre carré; pour des gens qui avaient, comme les Terriens, des bottes de sept lieues, c'était l'affaire de quelques minutes, mais la situation était trop grave pour qu'ils se livrassent, à la légère, à cette exploration.

Aussi avaient-ils divisé le territoire mercurien en trois segments aboutissant tous trois en un même point qui était le sommet de la colline; puis, se divisant la besogne, ils se mirent à fouiller chacun un segment, sondant le sol, déplaçant les rochers, examinant les plantes, montant dans les arbres, bref, ne laissant pas un pouce carré dont ils ne connussent exactement les ressources au point de vue culinaire.

Puis, chacun ayant fait son rapport sur la portion de terrain qui lui avait été dévolue, les deux autres avaient successivement recommencé la besogne des premiers, de façon à ce que rien ne fût oublié.

Au bout d'une dizaine de jours, les Terriens savaient scrupuleusement à quoi s'en tenir sur la quantité et la qualité des victuailles dont pouvait s'approvisionner leur garde-manger: une bande d'habitants mercuriens, c'est-à-dire de volatiles encornés, avaient partagé le sort des Terriens, et avaient été happés par l'attraction cométaire: leur nombre s'élevait exactement à cent soixante et un.

Tout d'abord, Farenheit avait proposé de les tuer pour être sûr de les avoir sous la main, au moment voulu; mais Fricoulet avait fait observer que cela était tout à fait inutile, vu que les volatiles ne pouvaient s'échapper de l'îlot natal sur lequel ils se trouvaient, l'expérience ayant démontré que l'air flottant au-dessus du sol cométaire était irrespirable pour eux.

—Laissons-les donc vivre, avait-il déclaré; ils sont enfermés là-dedans comme dans une basse-cour, et nous les sacrifierons au fur et à mesure de nos besoins.

Puis on avait découvert, vivant dans des trous, à peu de profondeur de la surface, des animaux bizarres ayant la forme du lézard, sauf qu'ils étaient munis d'un grand nombre de pattes, et de la grosseur d'un lapin, dont ils avaient d'ailleurs le poil; on avait fait, sur l'un d'eux, un essai culinaire qui avait parfaitement réussi; ce qui n'avait pas médiocrement enchanté Gontran, dont l'estomac avait conservé le souvenir des théories d'Ossipoff touchant les représentants de l'humanité mercurienne et qui ne mangeait que du bout des dents, lorsqu'apparaissait sur la table un individu appartenant à la classe ailée de la planète.

Au recensement scrupuleusement fait, ces intéressants animaux avaient donné le chiffre respectable de deux cent vingt-trois.