—Que vas-tu lui dire, à M. Ossipoff? poursuivit-il: que tu t'es trompé, que tu as mal compris ce que tu as lu dans les Continents célestes, que Vulcain n'existe pas; bref, tu veux lui donner la preuve que tu n'es pas plus astronome que sir Jonathan...

—Mais, répliqua M. de Flammermont, quand une gloire astronomique telle que Le Verrier se trompe, il me semble que moi...

—Il te semble mal; car cette gloire astronomique ne sollicite pas, comme toi, la main de Mlle Séléna; peu lui importe, en conséquence, son erreur.

Séléna se précipita vers l'ingénieur et, lui souriant à travers ses larmes:

—Monsieur Fricoulet, implora-t-elle, vous qui êtes si bon, aidez-nous de vos conseils... dites-nous ce qu'il faut faire... Gontran, lui, n'est pas astronome; il ne sait pas... guidez-le... et, qu'il le veuille ou non, ce que vous aurez décidé, je me charge de le lui faire faire...

L'ingénieur garda le silence quelques instants, l'air renfrogné comme toutes les fois qu'il s'agissait de donner un coup d'épaule pour remettre en droit chemin le char qui portait les espérances matrimoniales des deux fiancés.

Enfin, d'une voix bougonnante, il répondit:

—Puisque vous voulez bien me demander mon avis, je pense que ce que Gontran a de mieux à faire, c'est de continuer à jouer son rôle comme il l'a commencé... Tous les jours on rencontre, dans les instituts et dans les académies, des savants qui ne sont point d'accord sur tel ou tel point scientifique et qui n'en vivent pas moins en bonne intelligence.

—Pourtant, dit Gontran en secouant la tête, tu as vu comment M. Ossipoff a accueilli mes théories sur l'existence de Vulcain?