[CHAPITRE XI]
OÙ L'HEURE DE LA VENGEANCE SONNE ENFIN
omme bien on pense, nos voyageurs ne dormirent pas de la nuit.
Sombre, renfrogné, humilié, Mickhaïl Ossipoff s'était emparé de l'observatoire rudimentaire établi à la partie supérieure de la sphère et, l'œil rivé à la lunette, s'absorbait dans la contemplation de Vulcain.
Par moments, abandonnant son instrument, il saisissait son carnet de notes qu'il couvrait de chiffres et de formules algébriques.
À quelques pas de lui ses compagnons étaient réunis, causant de ce prodigieux événement, le commentant, le discutant avec force gestes et exclamations.
Gontran était radieux et recevait les compliments de l'Américain avec une modestie admirablement jouée, se demandant en lui-même par quel miracle le hasard lui avait fait, si juste à point, adopter une théorie scientifique contraire à celle de M. Ossipoff, il est vrai, mais capable d'augmenter encore son prestige aux yeux du vieillard.
Quant à Séléna, elle exultait: d'abord parce que l'attitude agressive de son père à l'égard de Gontran, durant ces derniers jours, l'avait énormément peinée; ensuite... mon Dieu! ensuite, parce que, dans son esprit, commençaient à naître des doutes sur l'ignorance même de son fiancé en matière astronomique.