Plusieurs fois déjà, des inspirations véritablement géniales lui étaient venues, qui avaient tiré d'embarras Mickhaïl Ossipoff lui-même, plusieurs fois aussi ses théories audacieuses, que le vieux savant qualifiait de folies et Fricoulet d'absurdités, s'étaient trouvées confirmées, et voilà que de nouveau...

—Mon Dieu! pensait-elle avec une légère émotion au cœur, M. de Flammermont serait-il un homme de science!

À la dérobée, elle jetait sur son fiancé un regard admiratif.

Fricoulet, lui, était en proie à un double sentiment: le doute et l'ahurissement.

La découverte faite par son ami, bien qu'il l'eût contrôlée de ses propres yeux, lui semblait, encore maintenant, anormale, illogique, antiscientifique, antinaturelle.

Tout bougonnant, il dirigeait, à chaque instant, la jumelle de Farenheit vers l'immensité sombre, sur laquelle, à peine plus grosse qu'un point, noire et immobile dans sa course vertigineuse, apparaissait la planète.

—Insensé!... insensé! grommela-t-il lorsque, les yeux fatigués de son observation, il passa la lunette à l'Américain désireux, lui aussi, de contempler l'astre nouveau.

—Pourquoi, insensé? répliquait M. de Flammermont, parce qu'il a plu à un tas de savants—plus ou moins de bon aloi—de déclarer que Vulcain n'existait pas... il nous faudrait nier l'évidence! mais, c'est ça qui est insensé.

Et il ajouta, d'une voix vibrante:

—Je voudrais bien savoir comment tu concilies tes principes politiques avec tes principes scientifiques!... tu détestes l'autocratie gouvernementale et tu es partisan de l'absolutisme en matière de science... tu exècres le «tel est notre bon plaisir» de Louis XIV, mais tu l'admets dans la bouche de M. X. ou de M. Z. qui, du fond de son cabinet poussiéreux ou du haut de son observatoire incomplet, décrète gravement les lois de l'Univers...