—L'évidence me démontre que le corps en question n'est point une sphère, c'est vrai; mais rien ne me prouve qu'il appartienne à la classe des bolides.
Mickhaïl Ossipoff n'aimait point la contradiction, aussi enveloppait-il Gontran d'un regard irrité; M. de Flammermont, de son côté, sentait qu'il s'était trop avancé pour reculer et jouait son rôle le plus consciencieusement possible; il considérait le vieillard d'un air fort mécontent.
Une scène nouvelle était sur le point d'éclater; Fricoulet intervint:
—Messieurs, dit-il d'une voix conciliante, je crois qu'il serait puéril de continuer la discussion à ce sujet; dans quelques heures, le monde qui nous porte aura assez rapidement marché dans l'espace pour que nous soyons à même de nous livrer, sur le corps qui nous occupe, à une étude approfondie... donc, suspendez vos appréciations jusqu'à ce que vous puissiez constater de visu qui de vous deux est dans le vrai.
Séléna s'empressa d'ajouter:
—Voilà qui est bien parlé! monsieur Fricoulet... d'autant plus qu'une planète de plus ou de moins ne vaut pas la peine que deux hommes de votre valeur se boudent un seul instant.
Puis comprenant la nécessité d'une diversion, elle poursuivit:
—Je suis un peu comme saint Thomas, mon cher père, et j'estime qu'il fait bon de toucher du doigt pour être convaincu... d'autant plus que même les plus savants ne peuvent penser à tout... ni tout savoir.
—Où veux-tu en venir? demanda Ossipoff.
—J'en veux venir au monde qui nous porte, répliqua la jeune fille, et je me demande comment il se fait que deux hommes remplis de savoir, comme vous, mon cher papa, et vous, monsieur de Flammermont, vous n'ayez pas pu prévoir la singulière façon dont nous avons passé de Mercure sur cette comète.