—Par cette seule raison, riposta Ossipoff un peu piqué, c'est que les comètes étant des étrangères à notre monde, qu'elles ne font, du moins la plupart d'entre elles que traverser, arrivant de l'infini pour y retourner, il est absolument impossible de prédire leur apparition.
—Leur apparition... sans doute, mais leur retour, dit Fricoulet, qui ne négligeait aucune occasion de faire enrager le vieux savant; sur les quarante comètes qui ont été reconnues, il y en a, je crois, dix dont la périodicité a été constatée et vérifiée et, si vos suppositions sont justes, celle qui nous porte se trouve précisément faire partie de celles-là... donc...
—Donc, ajouta Farenheit, il devait être facile à vous, dont c'est le métier, de prévoir ce qui nous est arrivé.
—Eh! vous en parlez fort à votre aise, riposta Ossipoff, on voit bien que vous n'entendez rien à tout cela... et puis, j'avais la tête à autre chose qu'aux comètes.
—Très bien! déclara Fricoulet, donnez cette raison-là, soit; mais ne venez pas nous dire qu'il n'était pas possible de savoir qu'à date précise, la comète de Tuttle couperait l'orbite de Mercure; son dernier passage a été signalé en 1871, et comme sa période est de treize ans quatre-vingt-un jours, il suffisait de compter sur ses doigts pour savoir que sa réapparition devait avoir lieu en 1884.
—Mon Dieu! balbutia admirativement Séléna, comment est-on arrivé à pouvoir prédire à coup sûr des choses semblables?
Gontran sourit.
—Il y a quelques dix-huit siècles, dit-il, Sénèque déclarait que «les comètes se meuvent régulièrement dans des routes prescrites par la nature» et il affirmait que la postérité s'étonnerait que son âge eût méconnu une si incontestable vérité... mais ce ne fut qu'en 1758 que les comètes, après avoir épouvanté le monde par leurs brusques et soudaines apparitions, devinrent, grâce à Newton et Halley, des phénomènes célestes d'un ordre purement naturel.
—Je me rappelle avoir vu des dessins tout à fait primitifs, et comme art et comme esprit, représentant des comètes dont la chevelure contenait des épées et des poignards teints de sang, dit à son tour Séléna.