—Je n'en puis plus.

—Allons, un peu de courage encore!

—Eh! du courage, j'en ai... mais c'est mon estomac qui n'en a pas... depuis trente heures que je ne lui ai pas fourni sa ration quotidienne, il regimbe et réclame ses droits.

Le jeune comte avait prononcé ces mots d'une voix faible qui impressionna vivement Fricoulet.

L'ingénieur, qui s'occupait à liquéfier et à solidifier, au moyen d'une pompe à compression, de l'azote et de l'oxygène, abandonna aussitôt sa besogne et accourut auprès de M. de Flammermont.

—Eh quoi! fit-il en essayant de plaisanter, tu n'es pas capable de te passer de manger pendant plus de deux jours... sais-tu bien que tu fais un déplorable explorateur!

Gontran hocha la tête.

—Oh! dit-il, je donnerais un de mes membres pour être attablé devant une côtelette au cresson ou un beefsteak aux pommes...

—Toujours ta marotte, répliqua l'ingénieur en souriant.

—Oui, et si cela continue, cette marotte va se transformer en folie... je le sens, ma tête devient vide, mes idées se brouillent et, en même temps...