Fricoulet se baissa, prit dans le creux de sa main quelques gouttes de ce liquide étrange qu'il considéra durant quelques minutes avec attention.
—Ce n'est pas de l'eau, murmura-t-il dans le casque de Gontran.
Celui-ci eut un mouvement d'épaules indiquant que la composition chimique de ce liquide lui importait peu.
—Imprudent, répondit Fricoulet, puisque l'occasion se présente à toi de préparer ta réponse à une des questions que peut te poser Ossipoff, profite donc de cette occasion et retiens que ce que tu as la sous les yeux est une combinaison d'hydrogène, de carbone et d'oxygène. Cette espèce de brouillard très léger que tu vois flotter à la surface est du gaz acide carbonique,... bref, une sorte d'eau de seltz en ébullition.
Fricoulet eût parlé longtemps encore, mais il eût parlé dans le vide; Gontran, que ces questions scientifiques intéressaient médiocrement, avait fait en avant quelques enjambées qui l'avaient aussitôt porté à une centaine de mètres du rivage.
C'est à peine si, à cette distance, le liquide dans lequel il marchait lui montait aux chevilles, aussi agitait-il triomphalement ses bras en l'air, faisant signe à l'ingénieur de le rejoindre.
Fricoulet allongea ses petites jambes et rapidement fut aux côtés de son ami qui reprit la marche en avant.
À mesure qu'ils avançaient la profondeur de cette nappe mobile et étincelante comme une nappe de mercure, augmentait, mais pour ainsi dire insensiblement, descendant en pente douce, peut-être d'un demi-millimètre par mètre, en sorte qu'après avoir parcouru environ deux lieues, le liquide leur arrivait au milieu de la poitrine.
Il est vrai que plus ils avançaient, plus leur marche devenait difficile, en raison de la masse liquide fort lourde au travers de laquelle il fallait se mouvoir et qui, par moments, en raison de leur légèreté, les soulevait comme des bouchons, leur faisant perdre pied, en même temps que leur centre de gravité, ce qui leur faisait exécuter des culbutes fort désagréables.