—Sharp! s'exclama M. de Flammermont...

—Oui, répondit l'ingénieur en appliquant son tube parleur sur l'ouverture pratiquée à la partie supérieure du casque de Gontran, oui, c'est le boulet de Sharp qui, suivant mes prévisions, est venu tomber dans cet océan cométaire.

Le jeune comte se livra à une mimique désordonnée.

Fricoulet fit signe de la tête qu'il avait compris.

—Comment allons-nous faire, te demandes-tu, pour nous emparer du véhicule et de son contenu? Ça va être la chose la plus simple du monde: ou bien, cette nappe d'eau que nous avons en face de nous et que j'ai baptisée, peut-être bien à tort, du nom d'océan, n'est qu'un marais sans profondeur; en ce cas nous rejoindrons l'obus à pied, pedibus cum jambis; ou bien, nous enfoncerons et alors nous aviserons à nous construire une sorte de radeau.

—Un radeau! riposta M. de Flammermont, mais pour cela il nous faudrait revenir au campement, couper les arbres de la forêt mercurielle et les transporter ici, outre que ce serait là une besogne formidable, Ossipoff nous mettrait la main dessus.

—Allons, allons, fit l'ingénieur, ne te désole pas par avance, il sera temps de le faire si nous ne pouvons employer le moyen le plus simple et le plus naturel qui est de nous servir de nos jambes.

Ce dialogue avait lieu au sommet de falaises assez élevées qui, de leurs crêtes noircies et poudreuses, surplombaient le liquide miroitant.

S'accrochant des pieds et des mains aux anfractuosités de ces roches bizarres, les deux compagnons eurent tôt fait d'arriver au pied que venaient battre lourdement et sans bruit des vagues toutes petites et grisâtres.