—Mon cher Gontran, dit alors Fricoulet en souriant, voudrais-tu me faire le plaisir de me présenter à l'estimable M. Sharp?

Et voyant que M. de Flammermont avait toutes les peines du monde à contenir son indignation, il ajouta:

—Mon ami Gontran éprouve à vous retrouver, après si longtemps, une émotion si profonde que vous le voyez, la joie le rend muet, mais, moi, qui n'ai pas les mêmes raisons que lui d'être ému en vous voyant, je tiens à vous dire qui je suis: je m'appelle Alcide Fricoulet, je suis ingénieur et, si Mickhaïl Ossipoff a pu, quand même, mettre à exécution ce beau voyage intersidéral dont vous lui avez emprunté l'idée, c'est un peu grâce à moi.

Le visage livide déjà de Sharp, pâlit encore davantage et, dans une crispation nerveuse, ses lèvres blêmes se contractèrent.

—Je vous dis cela, poursuivit Fricoulet, non pour me vanter,—mon ami, M. de Flammermont, peut vous affirmer qu'au point de vue de la modestie, la violette n'est rien auprès de moi,—mais afin que nous nous connaissions bien mutuellement... est-ce compris?

L'ex-secrétaire perpétuel de l'Institut des sciences de Pétersbourg ne répondit pas tout de suite; enfin il se décida à demander d'une voix caverneuse:

—Où voulez-vous en venir?

—À ceci: à bien vous persuader que vous êtes dans notre main et qu'il vous faudra en passer par où nous voudrons... vous devez deviner, n'est-ce pas, que si nous n'avions pas eu besoin de vous, les petits joujoux que voici vous auraient déjà fait sauter la cervelle.