Ce disant, il passait sous le nez du misérable, tout tremblant, le canon de son revolver.

—Oui, monsieur Sharp, poursuivit Fricoulet, nous avons besoin de vous: «On a souvent besoin d'un plus gredin que soi» a dit La Fontaine; nous en fournissons la preuve... d'abord, est-il bien nécessaire de vous démontrer qu'une mort certaine vous attend ici et que tous ceux dont vous vous êtes joué se disputeront le sanglant plaisir de vous envoyer rejoindre les vieilles lunes? Non, n'est-ce pas, vous devez, aussi bien que nous, connaître les sentiments professés, à votre égard, par Mickhaïl Ossipoff, Gontran de Flammermont et Jonathan Farenheit.

Fédor Sharp devint verdâtre.

—Moi seul, j'avais quelque sympathie pour vous, du jour où, enlevant Mlle Séléna, vous mettiez mon ami Gontran dans l'impossibilité de l'épouser; mais, grâce à votre lâcheté et votre inhumanité, nous avons retrouvé Mlle Séléna, en sorte que l'abîme où je voulais empêcher M. de Flammermont de rouler, s'est de nouveau creusé sous ses pas... voilà pourquoi j'ai contre vous une dent personnelle, implacable que je consens à ne point enfoncer dans votre vilaine chair... à une condition.

—Laquelle? murmura le malheureux.

—C'est qu'au cours de vos pérégrinations autour du Soleil, vous aurez indubitablement constaté l'existence de la planète Vulcain.

Sharp fit, sur son coussin, un bond formidable.

—Ah çà!... s'écria-t-il, vous êtes fou!

—Fou!... et pourquoi cela?