Vais-je donc tomber malade, au moment même où je suis près de soulever le voile qui enveloppe l'inconnu?

Si je me reposais! demain, peut-être...

Non, demain, peut-être serai-je mort... ou bien une cause quelconque peut me ramener en arrière... j'ai soif de savoir... travaillons, arrachons à la nature ces secrets qui m'attirent.

Grand Dieu! quel spectacle merveilleux... là, sous mes yeux, rapprochée de moi, grâce au télescope, à une distance de quelques milliers de kilomètres à peine, la masse solaire m'apparaît, bouleversée, tordue dans des convulsions titanesques; ici, la photosphère se crève, s'arrache, semble s'envoler dans l'espace en effilochures étincelantes... là, elle se creuse en gouffres insondables, remplis de vertigineux tourbillons, au fond desquels apparaît, tache plus sombre, le sol lumineux, en combustion, à travers des nuages de vapeurs qu'éclaire une lueur d'incendie formidable.

C'est à peine si ma stupeur me laisse la lucidité d'esprit suffisante pour faire quelques constatations scientifiques; mesuré au micromètre, l'un de ces gouffres accuse huit cent mille kilomètres de diamètre!

Et pendant des heures, je reste là, immobilisé dans ma stupéfaction, les yeux rivés sur cette lave gazeuse qui s'élève de ce trou formidable comme du fond d'un volcan, déborde sur la surface photosphérique, formant, tout autour, comme un bourrelet incandescent, et s'écoule vers son point d'origine en filets lumineux.

Nul doute, j'assiste à la formation de ces taches que, depuis des siècles, les astronomes ont prises successivement pour des nuages, des montagnes, des éruptions volcaniques, d'immenses scories.

Cette lave gazeuse s'élè de ce trou formidable.

Wilson seul a eu raison: les taches solaires sont des cavités dont le fond, quoique étincelant, paraît sombre à côté de la photosphère.