Ce pauvre collègue a fait une profonde erreur; ces projections ont une vitesse bien moindre; seulement la matière disséminée dans l'espace,—et un moment invisible,—reparaît, comme une vapeur qui se refroidit et devient, en quelques instants, visible sur toute sa longueur.
Mardi, 5 avril.—Quoique à demi-suffoqué par la température du wagon, je continue mes études spectroscopiques et mes calculs.
La couronne est très dense jusqu'à cinq cent mille kilomètres à l'entour du globe solaire.
De la chromosphère où se produisent les immenses tourbillons, baptisés du nom de taches, je ne puis rien apercevoir qu'un formidable océan de feu, formant la seconde enveloppe du Soleil.
Quant à la photosphère, elle ne paraît ni solide, ni liquide, ni gazeuse, mais semble composée, comme les nuages terrestres, de particules mobiles, et danse sur un océan de gaz d'un poids et d'une cohésion formidables.
Bien que souffrant épouvantablement, je parviens à analyser la composition de la masse solaire elle-même, et j'identifie au spectroscope les 450 lignes noires caractérisant le fer en combustion et à l'état gazeux, les 118 du titane, les 75 du calcium, les 57 du manganèse et les 33 du nickel.
Je reconnais en outre les traces du cobalt, du chrome, du sodium, du barium, du magnésium, du cuivre, du potassium, enfin de l'hydrogène et de l'oxygène à une très haute température.
Mon chronomètre marque quatre heures de l'après-midi... je ne puis plus continuer... les instruments s'échappent de mes mains, ma tête résonne d'un bourdonnement infernal...—tout danse autour de moi... je perds la notion du réel...—ma vue s'obscurcit... ma poitrine ne se soulève plus... il me semble que mon cœur cesse de battre... Est-ce la mort?
Jeudi, 9 avril.—Je mets cette date au hasard, ne sachant au juste combien de temps je suis resté dans l'état comateux duquel je viens de sortir.