—Énormément; et si tu veux m'écouter quelques instants, tu te rangeras à mon avis; la comète qui nous emporte étant beaucoup plus légère que les différents mondes dont elle va couper l'orbite, se trouvera forcément influencée par eux; si bien que la courbe suivie par elle ne sera plus régulière, mais formera une succession de sinuosités infléchies vers les planètes à proximité desquelles elle passera... Or, si mes calculs sont justes, une de ces sinuosités les plus accentuées sera celle que provoquera l'attraction terrestre.

M. de Flammermont hochait la tête.

—À quelle distance comptes-tu donc que nous passerons de notre monde natal?

—Peuh! à deux millions de lieues à peine... c'est-à-dire que la queue de notre comète enveloppera la Terre tout entière.

—Mais, n'en peut-il résulter rien de fâcheux pour nos compatriotes? demanda Farenheit un peu inquiet.

—Ce sont là des choses qu'on ne peut savoir... si, par hasard, c'est le carbone qui se trouve dominer dans l'appendice caudal du monde que nous chevauchons, il pourra résulter un empoisonnement partiel ou même une asphyxie générale de la race humaine.

Le Yankee poussa une exclamation épouvantée.

—Ce serait plus grave encore, poursuivit Fricoulet, si c'était le noyau lui-même qui heurtât la Terre; un continent défoncé!... un royaume écrasé... Paris ou New-York pulvérisés... voilà quelles seraient certainement les moindres conséquences d'une semblable rencontre.

Sir Jonathan s'était redressé, tout pâle.