Cette fois, l'ahurissement de M. de Flammermont fut complet.
—Quoi! s'écria Farenheit, vous pensez à utiliser cette machine de métal?
—Pourquoi pas? Le poids de la sphère, comparativement à son volume, est pour ainsi dire nul, et une fois pleine de gaz, elle sera de force à transporter jusqu'à Paris ou à New-York, tous les voyageurs qui se confieront à elle.
—Du gaz, du gaz... répéta sir Jonathan en hochant la tête, je voudrais bien savoir où vous avez la prétention d'en trouver?
—Je n'ai point cette prétention, mais tout simplement l'intention de le fabriquer.
Tout en parlant, il avait tiré de sa poche son inévitable carnet et, sur l'une des pages, il crayonnait rapidement.
—Voilà, dit-il enfin, le calcul que j'établis en tenant compte de l'intensité de la pesanteur à la surface du monde où nous nous trouvons:
| Poids de la sphère de sélénium: | 400 | kilogrammes |
| Poids de 6 voyageurs: | 300 | — |
| Appareillage, corderie, nacelle, etc.: | 250 | — |
| Bagages, vivres, instruments, etc.: | 250 | — |
| Total: | 1,200 | kilogrammes |
Notre sphère, poursuivit l'ingénieur, mesure exactement 10 m 50 de diamètre ou 630 mètres cubes de capacité. En la remplissant d'hydrogène pur, qui, par suite de la grande densité de l'atmosphère qui nous entoure, a une force ascensionnelle de 2 kilogrammes et demi, nous disposerons d'une force suffisante pour nous enlever tous avec une rupture d'équilibre plus que suffisante pour nous permettre d'atteindre notre but.
—Quelle sera cette différence d'équilibre? demanda Gontran.